Mots du libraire

  • Hantée par des rêves de chevaux fous aux prénoms familiers, poursuivie par la question que sa fille pose à tout propos - « Elle est où, la maman ? » -, Marie vit un étrange été, à la croisée des chemins. Quand, sur le socle d'une statue de la Vierge au milieu du causse, elle découvre l'inscription Et à l'heure de notre ultime naissance, elle décide d'en explorer la mystérieuse invitation.
    Dès lors, elle tente de démêler l'écheveau de son héritage. En savoir plus sur ses aïeules qui, depuis le mitan du XIXe siècle, ont donné naissance à des petites filles sans être mariées, et ont subsisté souvent grâce à des travaux d'aiguille, devient pour elle une impérieuse nécessité.
    Elle interroge ses tantes et sa mère, qui en disent peu ; elle fouille les archives, les tableaux, les textes religieux et adresse, au fil de son enquête, quantité de questions à un réseau de femmes, historiennes, juristes, artistes, que l'on voit se constituer sous nos yeux. Bien au-delà du cercle intime, sa recherche met à jour de puissantes destinées. À partir des vies minuscules de ses ascendantes, et s'attachant aux plus émouvants des détails, Marie imagine et raconte ce qu'ont dû traverser ces « filles-mères », ces « ventres maudits » que la société a malmenés, conspués et mis à l'écart.
    À fréquenter tisserandes et couturières, à admirer les trésors humbles de leurs productions, leur courage et leur volonté de vivre, la narratrice découvre qu'il lui suffit de croiser fil de trame et fil de chaîne pour rester ce cheval fou dont elle rêve et être mère à son tour.
    Car le motif têtu de ce troublant roman, écrit comme un pudique hommage à une longue et belle généalogie féminine, est bien celui de la liberté, conquise en héritage, de choisir comment tisser la toile de sa propre destinée.

    Un livre qui brode un beau motif féminin

    Ce récit intime commence par un malaise : en vacances avec sa fille, Marie, la narratrice, est envahie par des rêves étranges et poursuivie par des souvenirs angoissants. Sa fille, étrangement, ponctue chaque observation de plante ou d’animal par une même question : « où est sa maman ? » Comme en contrepoint, la narratrice est bouleversée au détour d’un chemin par une statue de la Vierge à l’inscription énigmatique. Cette rencontre cristallise des mouvements intérieurs profonds, et lance la narratrice dans une recherche autour de la maternité.

    Entre énigme à résoudre et quête personnelle, Marie nous fait partager son enquête sur le passé des femmes de sa famille. Il s’agit dès lors de tirer des fils et de les entrecroiser pour tisser l’histoire singulière de filles-mères sur plusieurs générations.

    Le récit progresse par fragments qui restituent les associations d’idées troublantes, les interrogations touchantes et les progrès aléatoires de cette recherche. La documentation historique rassemblée par Marie effleure la condition des filles-mères du XIXème au XXème siècle : les froids hospices de Reims, l’état-civil particulier des enfants abandonnés, ou reconnus in extremis par leurs mères. De longues conversations entre la narratrice et les femmes de la famille complètent ces détails, et donnent un tour intime au récit, esquissant la figure d’une grand-mère et d’une arrière-grand-mère rebelles. Plus intimement, Marie explore ses propres fragilités, en exprimant ses interrogations symboliques, spirituelles ou psychanalytiques – notamment autour du sens de son prénom.

    Le récit coud entre eux les indices glanés au fil de cette recherche, pour, comme dans un patchwork, constituer la trame unifiée d’une vie riche de sens. Les silences et les ombres des débuts cèdent la place progressivement à une histoire, à un récit dans lequel plusieurs figures féminines prennent leur place – même si des mystères demeurent. A la fin du récit, la narratrice aura trouvé sa place dans cette lignée de mères, et trouvé la paix. La découverte de son histoire familiale lui aura permis de s’affirmer, forte, pleine de vie, et donneuse de vie. Un roman touchant, qui souligne la complexité  de la condition féminine et de la maternité, et interroge le poids d’un héritage familial inconscient ou passé sous silence, sur l’identité des jeunes générations.

    Librairie Le Livre Bleu

  • plasmas

    Céline Minard

    • Rivages
    • 18 Août 2021

    Céline Minard nous plonge dans un univers renversant, où les espèces et les genres s'enchevêtrent, le réel et le virtuel communiquent par des fils ténus et invisibles. Qu'elle décrive les mesures sensorielles effectuées sur des acrobates dans un monde post-humain, la conservation de la mémoire de la Terre après son extinction, la chute d'un parallélépipède d'aluminium tombé des étoiles et du futur à travers un couloir du temps, ou bien encore la création accidentelle d'un monstre génétique dans une écurie de chevaux sibérienne, l'auteure dessine le tableau d'une fascinante cosmo-vision, dont les recombinaisons infinies forment un jeu permanent de métamorphoses. Fidèle à sa poétique des frontières, elle invente, ce faisant, un genre littéraire, forme éclatée et renouvelée du livre-monde.

    Ultime plaisir

    Ce titre intriguant annonce la couleur : il sera question de vivre, voire de survivre, et cette vie ou cette survie impliqueront des changements profonds de la matière. Changements profonds, car les personnages semblent tous évoluer dans un décor de fin du monde, de déclin des ressources, dans une ambiance tantôt proche de la science-fiction, tantôt proche du merveilleux. Science-fiction, quand les trois trapézistes du premier chapitre sont observés par des « Bjorgs » fascinés par leurs mouvements, défis à la pesanteur décrits avec une intensité et une urgence palpables. Science-fiction encore, quand des étudiants suivent un cours sur l’histoire du déclin, puis de l’abandon de la Terre par les hommes, partis s’installer ailleurs dans l’Univers. Merveilleux aussi, dans l’évocation de ces jeunes êtres aux qualités à la fois humaines et animales, fruits d’une évolution leur permettant de s’adapter à de nouvelles conditions de vie. Mais entre ces deux pôles se situent bien d’autres nuances. Les chapitres de ce roman sont en effet autant d’univers différents : chaque ouverture est une surprise, une direction nouvelle, une ambiance imprévue. Le plaisir des contrastes, de la variété, est intense, et la poésie de certains chapitres, hypnotique. Tous ces petits récits interrogent : comment vivre ? Comment l’homme interagit-il avec la nature ? Et finalement, qu’est-ce qu’une vie humaine dans l’immense flot du temps ? On peut se demander s’il faut lire le roman comme une évasion fantaisiste, comme une parabole sur l’évolution, ou comme une fable écologiste. Et c’est un des plaisirs de ce roman que de procurer une lecture qui ne donne pas toutes les réponses – quitte à nous imposer la frustration de fin de chapitres abruptes, qui laissent l’action en suspens, suggérant sans raconter, nous laissant dans l’impatience et l’urgence de qui voudrait savoir, mais doit se contenter d’imaginer – ultime plaisir…

    Librairie Le Livre Bleu

  • Skalde et sa mère Edith vivent dans leur maison isolée à l'orée de la forêt. L'adolescente n'a jamais vu le bleu du ciel : leur région est en proie au brouillard et à la sécheresse depuis si longtemps. Les derniers habitants du coin, après avoir fait sauter l'unique pont qui les reliait au reste du monde, espèrent ainsi que leur autarcie volontaire les protègera du chaos. Un jour, Skalde découvre dans une clairière une enfant à la chevelure rouge feu. D'où vient-elle ? Comment a-t-elle pu arriver jusqu'ici ? Consciente de sa transgression, l'adolescente recueille la petite fille, sous le regard méfiant de sa mère Edith. Car les deux femmes ne se sont jamais vraiment intégrées à cette communauté pétrie de peurs et de superstitions. Tandis que les villageois s'organisent, le trio devra bientôt faire face à une véritable chasse aux sorcières.


    Premier roman frappant, Les Dents de lait est une fable moderne sur la peur et la différence.

    Un voyage en enfance...

    Dents de lait : on pense à une enfance insouciante, innocente, heureuse de grandir. Il n’en sera rien. Ces dents de lait scelleront le destin de la jeune Meisis, apparue un jour dans le jardin d’Edith et Skalde. Sa flamboyante chevelure rousse révèle son origine étrangère, et suffit à la désigner comme bouc émissaire d’une communauté aux abois. Car rien ne va dans ces lieux isolés : le brouillard autrefois permanent s’est dissipé, et à sa place s’est abattue une chape de chaleur accablante. Les animaux ont perdu leurs couleurs ; jardins et vergers peinent à produire. Grâce au troc et aux réserves de pétrole, on s’en sort encore, mais pour combien de temps ? L’irruption de Meisis, alors même que la zone est théoriquement isolée du reste du monde, cristallisera les angoisses et les tensions. C’est une sorte de conte, au contexte indéfini mais inquiétant, où il est question de survivre. Survivre quand la nature se détraque. Survivre quand le monde extérieur fait peur. Mais il est aussi question de liberté : la liberté de vivre à sa guise, sans se soumettre aux diktats d’un groupe. Helen Bukowski révèle progressivement, dans un suspense de plus en plus intense, la puissance de la peur et la séduction de la violence face à une menace, réelle ou imaginaire. Face à l’imprévu, face aux difficultés, le repli sur soi et l’exclusion de l’autre l’emportent sur la raison et l’humanité. Skalde, émouvante figure de courage et de générosité, en fera l’expérience amère, et en viendra à relire sa propre histoire à la lumière de cette difficile intégration des étrangers. Il lui faudra alors prendre une décision, la décision de survivre, libre, ou de se soumettre, quitte à en perdre sa raison de vivre. De ce conte puissant, l’humanité ne sort pas toujours grandie. L’espoir apparaît comme fragile, et le propos est finalement pessimiste. Mais la tension du récit, le style lapidaire, les propos parfois tranchants des personnages, créent une atmosphère fascinante qui donnent à la fable toute sa puissance.

    Librairie Le Livre Bleu

  • « Les miroirs sont l'éternel reflet de la fugacité universelle. ».
    Trois femmes et trois hommes qui n'auraient jamais dû se rencontrer. Trois villes qui n'auraient jamais dû exister et dessinent, du XVIIe à l'aube du XXIe siècle, le nouveau triangle des Bermudes. De Venise à Lagos en passant par Versailles, entre malédiction, magie noire, sociétés secrètes et jeux de pouvoir, la terre est une étuve et des lagunes filandreuses ramènent le passé à la surface. On se perd pour mieux se retrouver dans une galerie aux 360 glaces où retentit l'écho du Magnificat de Monteverdi.
    Galerie des Glaces est un roman contemporain dont l'Histoire est l'héroïne, un kaléidoscope qui explore la mondialisation en remontant à sa source : Venise ou l'invention du commerce, Versailles ou l'invention industrielle, Lagos ou la ville-monde.

    Lagos (Nigéria), Venise et Versailles. Quel point commun ? Trois villes bâties sur rien, sur l'eau, sur une idée.

    Un détective privé, Gabriel, enquête sur la mort d’Alexandre Obkowicz, dirigeant de la Manufacture, une multinationale française qui produit des glaces et du verre. Ce récit policier emmène à Lagos au Nigéria où le PDG avait des activités industrielles et une maîtresse et devient un roman historique qui transporte à Venise puis à Versailles au XVIIème s : à cette époque, les miroitiers vénitiens sont très convoités et Colbert en enlève certains ou les soudoie pour qu’ils viennent travailler sur le projet de Louis XIV. On se retrouve de nouveau en pleine période contemporaine, dans un roman d’espionnage industriel, pour découvrir qu’Alexandre a été assassiné par une Vénitienne.

    Librairie Le Livre Bleu

  • L'ouvrage met principalement en scène trois personnages dont les vies vont être amenées à se croiser : le narrateur, un écrivain, un criminel.
    Étudiant durant les années 1980, le narrateur vit dans un studio, que lui a acheté son père, situé passage de l'Union dans le VIIe arrondissement de Paris. Un soir, il se sent observé par quelqu'un dont on comprendra qu'il s'agit de Patrick Modiano. Il le croise à plusieurs reprises, lui parle et commence à lire ses livres. Sans se l'expliquer, il se reconnaît dans son imaginaire romanesque. Néanmoins les années passent, le narrateur devient avocat et les deux hommes se perdent de vue.
    Au cours d'un procès d'assises, le narrateur défend un homme dont le crime s'explique par un lointain passé : une soeur ayant disparu durant la seconde guerre mondiale dans les mêmes circonstances que la Dora Bruder de Modiano. Il se trouve que l'écrivain assiste au procès et accepte d'aider le narrateur à retrouver la trace de cette mystérieuse soeur...
    Cette quête commune amène les deux hommes à basculer dans le Paris les années 40. Ils sont reçus par des individus douteux dans un appartement situé près du studio du passage de l'Union, dont l'écrivain apprend au narrateur qu'il fut, durant la guerre, le siège des sombres trafics d'un ferrailleur de sinistre mémoire, le fameux « Monsieur Joseph »...
    Ce roman met en abîme la dette que nous contractons à l'égard d'un passé trouble et tu. Il constitue aussi un hommage à la littérature. Les écrivains ne sont-ils pas des passeurs dont les oeuvres nous permettent de répondre aux questions les plus intimes, et parfois les plus douloureuses, que nous nous posons ?

    Une quête d'une vérité intime, simple et élégante

    Trois personnages : le narrateur, d’abord étudiant qui vit dans un studio passage de l’Union dans le VIIème arrondissement ; un écrivain, qui entre en contact avec lui et dont on comprend qu’il s’agit de Modiano ; et un criminel qu’il est appelé à défendre des années plus tard car il est devenu avocat. Ce criminel a tué, en souvenir de sa sœur qui a disparu pendant la seconde guerre mondiale. A partir de là, le récit emmène dans le Paris de l’Occupation, les trafics en tout genre et les compromissions, voire les alliances avec les nazis. Le narrateur est alors contraint de se poser des questions sur sa propre famille et il apprend que certains de ses membres ont participé à la collaboration : sa quête l’entraine vers Versailles, « ville humide et catholique ». Une écriture très élégante, qui se glisse à merveille dans celle de Modiano, en ce sens un bel hommage à la littérature. Une recherche du passé qui n’est volontairement pas complétement aboutie car le mystère reste au cœur du récit, ce qui lui donne une grande délicatesse.

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  • Décembre 1994, une troupe des forces armées de la Fédération de Russie est cantonnée dans un petit village musulman du Caucase pour réprimer les séparatistes tchétchènes.
    Parmi les soldats se trouve Malisch, jeune homme épris de littérature, qui s'est enrôlé par désespoir amoureux. Très vite, il fait la connaissance de Nura, une adolescente du village dont la beauté et la fierté le fascinent. Mais la jeune fille ne tarde pas à être arrêtée par d'autres soldats, pour un motif fallacieux. Malisch se retrouve alors témoin, et peut-être même complice, des violences commises par ses camarades. Au cours de cette nuit, Nura sera violée et tuée - mais quelle est précisément la part de responsabilité de Malisch ?
    Bouleversé par cet événement, le jeune soldat est devenu « le Général », un homme au coeur dur et à la poigne de fer, prêt à tout pour dominer les autres. À force d'extorsion et de chantage, il parvient à s'enrichir et à gravir les échelons de la société russe jusqu'à devenir un oligarque multimillionnaire. Son seul objectif à présent est de protéger sa fille, Ada. Mais depuis vingt ans, et malgré ses efforts pour étouffer l'affaire, les rumeurs les plus sombres continuent de courir au sujet du Général, alimentées par la Corneille, un journaliste tenace et bien décidé à faire la lumière sur cette histoire.
    Lorsqu'il rencontre le Chat, une jeune comédienne qui, sans le savoir, est le sosie de Nura, le Général voit là l'occasion de se venger de ses anciens complices... Et peut-être de soulager sa conscience ?

    Alors la guerre ? Drame ou tragédie ?

    Un contexte historique particulièrement riche et bien décrit : la déliquescence de l’URSS à la fin des années 1980, les ex-Républiques en proie à un inquiétant désordre, la guerre en Tchétchénie, les exactions commises pendant celle-ci avec la toute puissance des militaires, la montée des oligarques et de la force de l’argent, face à une population totalement désemparée, qui n’a parfois plus que le choix d’émigrer sans pour autant trouver vraiment sa place. Mais ce n’est pas un ouvrage de géopolitique. Le plus important est la façon magistrale dont l’auteure réussit à faire vivre ces personnages au milieu de ces intenses bouleversements, leur fait éprouver des sentiments pour certains, amour, morale, poids de la culpabilité et au contraire, en fige d’autres dans l’unique recours à la violence, avec une absence totale d’empathie et de remords. Une construction originale pour rendre le récit encore plus subtil et un dénouement en forme d’interrogation.

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  • 13 novembre 2015, Sinjar, Irak, le général Kovli remporte une bataille décisive contre Daech, aux côtés de Bakhtiyar, célèbre fixer kurde irakien, et Alex, journaliste français en reportage. Mais la victoire est amère. Le groupe d'amis apprend le soir-même que plusieurs attentats ont été commis à Paris.
    Entre Mossoul et Raqqa, Alex croisera la route de Mike, un Américain ambigu et insaisissable, volontaire pour combattre avec les Kurdes... Qui est-il ? Pourquoi les services secrets occidentaux se mettent-ils soudainement à la recherche de Bakhtiyar ?
    Confrontés à ce nouvel ennemi intime, le djihadisme new age occidentalisé, les protagonistes luttent pour rester en vie. Réussiront-ils à échapper au souffle brûlant de la haine ?

    Une plongée dans l'histoire tourmentée de l'Irak et de la Syrie, entre 2014 et 2017. Un récit profondément humain, qui fait la part belle à l'amitié et s'interroge sur l'absurdité de la guerre.

    Un roman haletant au coeur de l'enfer par un grand reporter.

    13 novembre 2015, Paris, Bataclan. Au milieu du concert, des coups de feu éclatent. Nadia se rue sur une porte toute proche, suivie par des dizaines d’autres spectateurs, qui se réfugient dans une petite pièce au-dessus de la salle de spectacle. Commence alors une longue attente angoissée. Au même moment, le frère de son fiancé, Alex, est en Irak, non loin de Mossoul, avec des soldats kurdes en pleine avancée pour libérer la ville des djihadistes de Daech. Alex, reporter de guerre, couvre cette campagne militaire décisive, guidé par son fidèle fixer Bakhtiyar Haddad. L’entrée en matière de ce roman donne le ton : de l’action, des émotions intenses, des personnages à la fois ordinaires et hors normes. Pas de complaisance pourtant, ni d’effets inutiles : l’auteur s’appuie sur son expérience de grand reporter pour nous faire comprendre la réalité du travail de terrain des journalistes dans les pays en guerre, mais aussi la complexité de la lutte contre Daech en Irak et en Syrie. Le récit est efficace, mais sobre, pour mieux rendre hommage au courage et à la générosité de Bakhtiyar, fidèle soutien de nombreux journalistes en Irak jusqu’à sa mort brutale en 2017. Drames nationaux et drames intimes se mêlent dans les pages de ce roman : chaque personnage est habité par son passé, et tâtonne pour trouver sa voie dans un monde bouleversé. Le récit fait partager le traumatisme des attentats de Paris, mais aussi les questionnements des journalistes sur leur engagement à risque quand il s’agit de couvrir des conflits. Les combattants rencontrés sur le terrain témoignent aussi de la façon parfois tragique dont la guerre modèle des caractères et forge des destins.

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  • shuggie bain

    Stuart Douglas

    BOOKER PRIZE 2020 - Glasgow, années 1980, sous le règne de fer de Margaret Thatcher. Agnes Bain rêvait d'une belle maison bien à elle, d'un jardin et d'un homme qui l'aime. A la place, son dernier mari la lâche dans un quartier délabré de la ville où règnent le chômage et la pauvreté. Pour fuir l'avenir bouché, les factures qui s'empilent, la vie quotidienne en vrac, Agnes va chercher du réconfort dans l'alcool, et, l'un après l'autre, parents, amants, grands enfants, tous les siens l'abandonnent pour se sauver eux-mêmes.
    Un seul s'est juré de rester, coûte que coûte, de toute la force d'âme de ses huit ans. C'est Shuggie, son dernier fils. Il lui a dit un jour : "Je t'aime, maman. Je ferai n'importe quoi pour toi". Mais Shuggie peine d'autant plus à l'aider qu'il doit se battre sur un autre front : malgré ses efforts pour paraître normal, tout le monde a remarqué qu'il n'était pas "net" . Harcèlement, brimades, injures, rien ne lui est épargné par les brutes du voisinage.
    Agnes le protégerait si la bière n'avait pas le pouvoir d'effacer tous ceux qui vous entourent, même un fils adoré. Mais qu'est-ce qui pourrait décourager l'amour de Shuggie ? Shuggie Bain est un premier roman fracassant qui signe la naissance d'un auteur. Douglas Stuart décrit sans détour la cruauté du monde et la lumière absolue.

    Un mélange d'Oliver Twist et de L'assommoir mis à la sauce Glasgow des ouvriers et des mineurs sous l'ère thatchérienne.

    Ecosse, années 90 : Hugh « Shuggie » Bain, 16 ans, vit seul dans une pension miteuse et tente de garder un pied au lycée malgré son petit boulot au supermarché. Ecosse, années 80 : Alice Bain vit chez ses parents avec son mari et ses trois enfants. L’argent est rare, on compte le moindre sou, et on cherche comment oublier le quotidien. Pour Alice, le choix est fait : c’est dans l’alcool qu’elle s’échappe de la réalité dans laquelle elle s’est engluée. Dans l’alcool, et dans l’amour de son petit garçon de 4 ans, Shuggie, aux yeux de qui elle est comme une reine.   Entre ces deux périodes, on voit grandir Shuggie entre des parents qui se déchirent, une sœur qui cherche à fuir le foyer au plus vite, et un frère passé maître dans l’art d’être invisible. Un tableau très sombre de la Grande-Bretagne des années Thatcher et de la crise qui marque cruellement les classes populaires, les entraînant inexorablement dans la pauvreté. Alcoolisme, virilité brutalement affichée face aux garçons « différents » : le petit Shuggie cherchera dans son amour absolu pour sa mère un refuge, envers et contre tout. On se surprend à continuer la lecture malgré le côté tragique de cette destinée. D’abord, pour l’analyse psychologique des personnages : le père brutal, qui affirme son emprise sur sa femme en faisant alterner charme et violence ; la mère oscillant entre rêves de grandeur et frustration, affichant une combativité et une fierté intacte même quand l’argent manque au point que seules les allocations permettent de vivre ; les aînés de la fratrie, tiraillés entre besoin de quitter un foyer toxique et culpabilité à l’idée d’y abandonner les plus jeunes. Ensuite, pour la narration des malheurs de Shuggie, détachée et presque insensible, qui traduit le point de vue de l’enfant pour qui misère et brutalité sont la norme : le récit de ses déconvenues est ainsi mis à distance, et donne une intensité pathétique à la puissance de son amour pour sa mère envers et contre tout. Enfin, on retiendra le réalisme implacable des ravages de l’alcool, de la vie des quartiers populaires sous le regard permanent des voisins avec leurs cancans, mais aussi de la spirale de l’endettement et de la pauvreté, et de l’abandon des pauvres par un Etat indifférent à leur sort. Le réalisme du récit sert alors un réquisitoire sans appel contre une politique libérale accusée de sacrifier sans états d’âme une partie de la population. Surtout, on retient la figure touchante du jeune Shuggie, avec son innocence intacte, son amour éperdu pour sa mère, sa conscience d’être rejeté parce que perçu comme « différent » des autres garçons, et son appétit de vivre.

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  • Quand Omer Dewavrin entre dans l'atelier d'Auguste Rodin, dédale de formes humaines de pierre et de glaise, il a la certitude d'avoir fait le bon choix. Notaire et maire de Calais, il a confié au sculpteur à la réputation naissante la réalisation d'un monument en hommage à six figures légendaires de la guerre de Cent Ans : les Bourgeois de Calais. Nous sommes en 1884, et Dewavrin ne sait pas encore qu'il s'écoulera dix ans avant que l'artiste, en quête de perfection, se décide à déclarer son travail achevé. La bouleversante chorégraphie de bronze n'existerait pas sans ce bourgeois du XIXe siècle qui, devinant le génie du sculpteur, l'obligea à aller au bout de lui-même et imposa son oeuvre en dépit du goût académique et des controverses idéologiques. Sa femme Léontine et lui sont les héros inattendus de cette histoire, roman de la naissance d'une amitié et de la création du chef-d'oeuvre qui révolutionna la sculpture.

    Partir pour Calais?

    Ces Bourgeois, figures du Moyen-Âge français, donnent son titre à un groupe sculpté par Rodin pour répondre à une commande de la mairie de Calais en 1884. Cette commande provoque une rencontre improbable, entre le maire de Calais, Omer Dewavrin, et le sculpteur. Le roman, très documenté, nous fait suivre l’élaboration de cette œuvre, qui ne sera installée à Calais que dix ans après l’acceptation de la commande par Rodin. Le récit évoque ce moment important dans la carrière de l’artiste, dont les efforts sont enfin couronnés par la célébrité et la reconnaissance. On voit passer quelques figures de l’entourage du peintre, d’Octave Mirbeau à Camille Claudel. Mais c’est surtout le geste artistique qui est au centre du récit, l’articulation mystérieuse entre la matérialité si concrète des mains dans la glaise, et le surgissement d’une forme palpitante, comme vivante. Le récit fait comprendre, à travers la réflexion du maître, mais aussi les critiques contemporaines, l’originalité du style de Rodin dans son temps. On a surtout le sentiment d’appréhender la façon dont son imagination nourrit sa créativité, et d’approcher le caractère du maître, exigeant, intransigeant. Face à l’artiste, le maire de Calais, notaire peu familier du monde artistique, découvre, d’abord avec une certaine appréhension, les créations de Rodin. L’inquiétude cède la place très vite à une fascination grandissante pour le travail du sculpteur, qui initie ce notable de province à une nouvelle façon de voir la vie, et l’art. Tenace, Omer Dewavrin obtiendra que le sculpteur termine son travail, malgré les résistances locales et les retards invraisemblables de l’artiste, de plus en plus célèbre et demandé de toutes parts, croulant sous le travail. L’auteur nous donne envie d’aller admirer cette œuvre importante de Rodin, dont il parle de façon évocatrice. Le récit révèle le rôle crucial joué par Omer Dewavrin, sans qui ce groupe monumental aurait peut-être connu le même sort que la Porte de l’Enfer, commande d’Etat restée inachevée. Les lettres échangées par Rodin et Dewavrin sont publiées à la fin de l’ouvrage, permettant de découvrir la voix réelle de chacun… et d’apprécier la part de fiction dans le récit qui précède. Il ne reste plus qu’à se rendre à Calais pour rencontrer ces Bourgeois…

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  • Comment peut-on, adolescent, faire la démonstration d'un talent inouï au point de devenir une sorte de bête de foire dans les milieux littéraires parisiens, et à vingt ans, renoncer brutalement à la poésie pour partir vendre du café et des casseroles en Afrique ? C'est ce qu'on a l'habitude d'appeler le mystère Rimbaud. Cette répudiation lui a valu anathème (André Breton) et incompréhension (Etiemble), certains comme René Char se montrant plus compatissants (« tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud »). Mais aucun ne s'est demandé si ce n'était pas plutôt la poésie qui l'avait lâché, inapte désormais à rendre compte de la modernité qui, sous la bannière du progrès, rendait obsolète le vieux monde de l'alexandrin et du sonnet.
    Or le jeune Rimbaud fut en première ligne dans ce changement à vue. Il fut hébergé par Charles Cros, poète et inventeur du phonographe, fréquenta Paul Demeny dont le frère Georges est un des pionniers du cinéma, usa abondamment des trains et des vapeurs, posa pour Carjat, le photographe des « people », assista à la construction du premier métro du monde, celui de Londres, et il connaissait au moins par Castaner les discussions enflammées du café Guerbois où Monet, Manet, Cézanne, procédait au dynamitage de l'académisme.
    « Il faut être absolument moderne », lâche-t-il dans Une saison en enfer, établissant bien moins sa feuille de route que reprenant un mantra du temps. Et la poésie dans tout ça ? « Ne va-t-il pas être bientôt temps de supprimer l'alexandrin ? » glissa-t-il à Banville, alors grand maitre du Parnasse. Il s'en chargea dans Une Saison en enfer et dans les Illuminations.
    Pour nous aider à percer le mystère, restent heureusement les témoins. Et dans cette constellation, les étoiles de première grandeur : Ernest Delahaye, l'ami du collège, Georges Izambard, le professeur à peine plus âgé que son élève, Isabelle qui accompagna avec un dévouement amoureux l'agonie de son frère, et Alfred Bardey qu'on ne peut soupçonner d'avoir été influencé par un passé dont il ignorait tout quand il engagea à Aden pour surveiller ses entrepôts de café un jeune Français trainant dans les ports de la Mer Rouge. Mais tous s'entendent pour confirmer la prophétie du vieux professeur du collège de Charleville que fixait derrière son pupitre le regard pervenche : « Rien de banal ne germera dans cette tête. ».
    Jean Rouaud.

    Tout aurait été dit sur Rimbaud ? Pas si sûr…

    Jean Rouaud a la bonne idée d’évoquer la vie du célèbre poète à partir de ceux qui l’ont côtoyé – et ils sont nombreux. L’auteur a ses favoris et ses têtes, qu’il brocarde avec une verve nonchalante, laissant affleurer une ironie discrète et savoureuse. Rouaud prend un plaisir manifeste à se glisser dans la peau de chacun de ces personnages, imaginant les réactions provoquées par le phénomène Rimbaud : on partage ce plaisir, d’autant que la liste des personnages est si riche qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Grâce à cette « constellation » de personnages, Rouaud révèle différentes facettes du prodige, des plus célèbres aux moins connues. D’une figure à l’autre, le récit reconstitue l’existence mouvementée de Rimbaud. On traverse son époque, avec ses figures alors respectées et aujourd’hui oubliées, ses avant-gardistes jugés choquants et devenus classiques. On aimerait tout retenir des faits et gestes du poète, des réactions de son entourage plus ou moins proche, tant le récit est minutieusement documenté. On peut d’ailleurs regretter qu’aucune illustration ne l’accompagne, puisque Rouaud mentionne nombre de tableaux, dessins et photos qu’on aimerait voir figurer en regard de son texte. Et Rouaud d’avancer une hypothèse à propos du fameux silence de Rimbaud, tournant le dos à la poésie pour se consacrer au négoce, en même temps qu’il s’éloigne de la France pour arpenter l’Afrique. Si c’était la modernité qui avait poussé Rimbaud à cesser d’écrire ?

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  • L'histoire se déroule durant la Guerre Froide, au fond du désert sud-australien, dans le bush sauvage, là où le futur d'une nation est en train de se jouer... au détriment de son peuple.
    Une base anglaise, au milieu de nulle part ; des tests sur les armes atomiques ; une armée de jeunes menée par un homme ambitieux : un cocktail désastreux.
    Nous sommes à Maralinga, au printemps 1956, terre des Aborigènes depuis 40 000 ans. Mais plus pour très longtemps...
    Le lieutenant anglais Daniel Gardiner vient d'accepter un poste d'un an dans le sud de l'Australie, en échange d'une promotion rapide. Il va travailler avec Harold Dartleigh, Directeur du MI-6, et son agent sous couverture Gideon Melbray, mais aussi avec le colonel australien Nick Stratton et l'énigmatique Petraeus Mitchell, anthropologiste. Mais dans ce territoire isolé et violent, infecté par la folie et l'excitation provoquées par les tests nucléaires, qui paraissent une grande avancée à l'époque, les tensions sont fortes...
    Daniel va décéder dans de mystérieuses circonstances.
    Sa fiancée, la journaliste Elizabeth Hoffmann, va traverser la moitié de la Terre pour aller sur les lieux du drame, et essayer de découvrir ce qui se trame làbas.

    Un roman historique pour partir en Australie

    Le lieutenant Daniel Gordimer part pour une mission d’un an dans le sud de l’Australie, en laissant sa fiancée Elizabeth en Angleterre car la base n’accepte pas les femmes. Les Britanniques y font des expérimentations nucléaires dans une région en principe vide d’hommes mais où vivent quelques Aborigènes nomades, dont certains sont tués par les radiations. Daniel meurt dans des circonstances troublantes et sa fiancée, qui est aussi journaliste, part pour enquêter en Australie : elle y découvre de lourdes et douloureuses vérités sur fond de guerre froide et d’espionnage en faveur des Soviétiques. Un épisode très intéressant et méconnu, bien documenté sur le plan historique. Un récit très prenant évoquant bien à la fois la culture du secret cultivée par les services secrets et l’armée ici britanniques, la place des femmes dans la société des années 1950.

    Librairie Le Livre Bleu

  • Le parfum : raffinement ultime, magique et sophistiqué, associé à des marques prestigieuses au marketing puissant. Mais le vrai luxe de cette industrie mondialisée est un secret bien gardé, celui des produits naturels qui composent ses plus belles fragrances. Certains parfums associent jusqu'à 80 essences différentes : issues de fleurs, de fruits ou d'écorces, elles sont cultivées, récoltées et distillées selon des techniques souvent artisanales. Au coeur de cet univers, le sourceur assure la fiabilité des ressources, la qualité des produits, et met en contact petits producteurs et grandes entreprises.

    Depuis trente ans, Dominique Roques approvisionne la palette des parfumeurs en extraits de plus de 150 matières premières, venues de près de 50 pays. Passionné, il nous entraîne dans un tour du monde à la recherche des essences les plus rares, de l'Andalousie au Somaliland en passant par la Bulgarie, le Laos, le Salvador, l'Indonésie ou encore l'Egypte... Une senteur, un pays, des hommes : chaque chapitre raconte l'histoire d'une essence, met en lumière les cueilleurs au savoir-faire ancestral et les parfumeurs stars venus observer la beauté des plantations et comprendre les processus d'extraction. Au fil de ses voyages, Dominique Roques décrit l'extraordinaire chaîne du parfum, puissante mais fragile par sa dépendance aux intempéries, aux fluctuations économiques et même aux circuits criminels. Et il prouve que les bonnes pratiques sont possibles : amélioration des conditions de vie des petits producteurs, prix justes, qualité des extraits.

    Nous rencontrons ainsi les exploitants du Bangladesh, plantant des clous dans les arbres à parfum pour accélérer la formation du mystérieux bois de oud, et les récolteurs du baume Pérou, suspendus aux branches dans le vide, une torche en feu à la main. Nous apprenons qu'en 1840, plus d'un siècle après l'importation de la vanille en Europe, c'est un garçon de 11 ans qui comprend enfin le principe de la pollinisation et lui fait donner des fruits. Nous découvrons la technique de l'enfleurage, les circuits mafieux du patchouli, le rapt de l'hévéa amazonien par les Anglais au début du XXème siècle, les meurtres commis en Inde pour du santal et les replantations de champs entiers au fond de l'Australie, dans l'incroyable région des diamants roses... Et mille autres anecdotes qui tissent l'extraordinaire kaléidoscope des senteurs du monde.

    À l'heure où, pour la première fois depuis les collectes d'encens de l'Antiquité, la pérennité des parfums de la nature n'est plus une évidence, ce livre à l'écriture vive et subtile nous fait vivre au plus près la fascinante et magnifique aventure du parfum.

    Un voyage aromatique et émotionnel

    Dominique Roques est sourceur pour des marques de parfum : il est chargé de trouver des fournisseurs d’essences, mais aussi de dénicher de nouvelles senteurs qui donneront naissance à des parfums inédits. Dans ce livre, il revient sur son parcours, et fait partager son amour pour les plantes à l’origine des fragrances que composeront ses clients. Ciste, bergamote, rose, santal, encens… autant d’odeurs envoûtantes que l’auteur nous fait découvrir à l’état brut, puis lors des différentes étapes de transformation à l’issue desquelles la précieuse essence est soumise à l’avis des « nez » des grandes maisons de parfum. Les acteurs de la filière, devenus des amis, apparaissent à tour de rôle, figures fortes de passionnés dont le métier est souvent une vocation, voire un engagement. C’est un livre sensuel et gourmand, qui réussit à décrire la subtilité des odeurs, de la fleur encore en bouton à l’aurore, jusqu’à sa transformation en essence à la fin de la journée, qui concentre et magnifie les arômes puissants de la cueillette. L’auteur célèbre fleurs, fruits, feuilles et arbres, louant la puissance des odeurs sur le corps et l’esprit, leur caractère enivrant, leur pouvoir d’évocation qui réveille les souvenirs et rappelle des pays lointains. On voyage aux quatre coins du monde, de l’Espagne à l’Australie, en passant par l’Inde et l’Amazonie, à la rencontre des petits producteurs dont le savoir-faire traditionnel est indispensable à l’industrie du parfum : étrange paradoxe qui associe des pratiques artisanales aussi frustes que celles des Gitans, à l’industrie sophistiquée du luxe. L’auteur raconte ses rencontres intenses avec ces producteurs, au gré de ses nombreux voyages. Ce commerçant qui est aussi un peu aventurier se révèle respectueux de l’autre et plein de curiosité pour des cultures étrangères. Des cueilleurs misérables de Madagascar à l’homme d’affaires indien, chaque chapitre nous fait entrer dans un univers nouveau. On remonte aussi dans le temps, car l’auteur nous raconte l’histoire de l’utilisation de chaque essence depuis les temps les plus anciens. Cette histoire riche et parfois mouvementée fait apparaître la fragilité de la nature face aux appétits des hommes modernes, capables de détruire des arbres irremplaçables comme le santal ou le bois de rose, qui auraient disparu définitivement, sans la réaction de quelques individus attachés à leur présence majestueuse et conscients de leurs qualités uniques. Ce témoignage est donc aussi un plaidoyer pour une gestion raisonnée des ressources naturelles. Plaidoyer convaincant, tant est communicatif l’amour de l’auteur pour les parfums, et pour tous ceux qui permettent leur création.

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  • Quitter sa vie pour tout recommencer à zéro dans un autre pays, sur un continent où personne ne vous attend, est-ce un fantasme ou un cauchemar ? C'est ce qu'a fait l'écrivaine Nicole Franzl, avant de disparaître sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Sa biographe part sur ses traces en suivant son exemple, laissant derrière elle des amours, des douleurs, des romans. A travers l'énigme d'une autre, c'est la sienne que déchiffre la narratrice de Bermudes, au long d'un exil qui la conduit de la Méditerranée à l'Europe centrale et jusqu'au nord d'un fleuve gelé au Canada.
    Dans ce voyage sensuel et mélancolique, les êtres croisés en chemin sont des révélateurs ou des compagnons de résilience : un homme politique attachant et insaisissable ; un chanteur de rock à la célébrité encombrante ; mais aussi les habitants d'une île presque déserte où la vie semble possible. L'écriture est-elle un gouffre ou une bouteille à la mer ?

    Une trajectoire en forme de mal de vivre

    Une jeune écrivaine vit ses premiers mois à Montréal en songeant à l’homme qui partageait sa vie à Prague. À Montréal, des recherches effectuées à la demande d’un éditeur sur une autre femme écrivaine, disparue quelques années auparavant dans le nord du Québec, mais surtout des rencontres avec d’autres hommes, un politicien et un rockeur, des amants égocentriques et un peu lâches. Des pages qui expriment un certain goût du déracinement et de la vacuité de nos vies, de la solitude aussi… Un roman écrit dans une langue directe et parfois crue, avant une rupture de ton quand la narratrice décide à son tour de quitter Montréal pour ce nord inhospitalier où elle rencontre quelques êtres à part. Dans l’abandon et l’oubli, et le choix de la disparition, la possibilité d’une vie ?

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    Kim Thúy

    La vérité de cette histoire est morcelée, incomplète, inachevée dans le temps et dans l'espace. Elle passe par les colons implantés en Indochine pour y exploiter les terres et les forêts. Par les hévéas transplantés et incisés afin de produire l'indispensable caoutchouc. Par le sang et les larmes versés par les coolies qui saignaient les troncs. Par la guerre appelée «du Vietnam» par les uns et «américaine» par les autres. Par les enfants métis arrachés a` Saigon par un aigle volant avant d'être adoptés sur un autre continent. C'est une histoire d'amour qui débute entre deux êtres que tout sépare et se termine entre deux êtres que tout réunit; une histoire de solidarité aussi, qui voit des enfants abandonnés dormir dans des cartons et des salons de manucure fleurir dans le monde entier, tenus par d'anciens boat people.
    Avec ce livre, Kim Thu´y nous découvre, au-delà des déchirements, l'inoubliable pays en forme de S qu'elle a quitté en 1975 sur un bateau.

    EM...un cri

    Comment vous convaincre de lire ce qui restera en vous comme un cri et qu'elle Kim Thúy vous souffle comme un murmure avec douceur et poésie. Chaque chapitre est un flash, un poème, parfaitement illustré en couverture par l'œuvre de Louis Boudreault . Les fils de la vie, de la mémoire. On se souvient des événements , dans les documentaires, les témoignages. Sur le toit de l'ambassade là-bas au Vietnam, ceux qui espèrent encore, jusqu'au bout le bruit des hélicoptères alors que la nuit tombe, que l'on vienne les chercher, les sauver. Aussi on sait " l'agent orange " qui détruit les cultures, les vies de ce pays de soleil et d'eau. La guerre du Vietnam, celle des américains. Et la beauté aussi, un soldat hissant dans les airs, au-dessus de l'enfer, une enfant aux cheveux si noirs . Et tout le coeur que met Kim Thúy à nous raconter son pays et le courage en 1975 de ceux qu'on appelait les boat people. Le plus beau livre que j'ai lu depuis longtemps.

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  • Bennett Driscoll avait jadis un nom dans le monde de l'art londonien. Depuis que sa femme l'a quitté et que sa fille vole de ses propres ailes, il a décidé de mettre en location sur AirBed sa maison devenue trop grande pour lui. Pas loin de devenir accro aux commentaires laissés sur le site par ses hôtes, Bennett, à cinquante-cinq ans, est retranché dans l'atelier au fond du jardin avec la nette impression de faire du surplace. Est-ce l'image d'Alicia, par la fenêtre, qui le renvoie à sa propre solitude ? Celle d'Emma à ses obsessions et à ses angoisses d'artiste ? Ou celle de Kirstie à son incapacité à rebondir ? Sa rencontre avec Claire, serveuse dans un bar à vins de Soho, est peut-être l'occasion de faire un pas en avant ; encore faut-il lui expliquer pourquoi il est un étranger dans sa propre maison.

    Dans ce roman au sarcasme et à la liberté de ton savoureux, Kate Russo nous fait presque oublier, par sa légèreté, la profondeur des maux qu'elle dépeint.

    Une belle surprise...

    Une très, très jolie surprise que ce roman américain à l'accent britannique. Comment survivre à Londres aujourd'hui quand on est comme Bennett un artiste à la cote en déclin . En louant sa maison idéalement située à des hôtes de passage . Le récit des tourments sentimentaux et artistiques de Bennett , cinquantenaire tourmenté, s'accompagne d'une réjouissante déambulation à travers les différents quartiers de Londres. Voyager, rire et s'émouvoir

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  • Et si on ne travaillait plus que trois heures par jour??
    Telle est la proposition iconoclaste d'Émilien Long, prix Nobel d'économie français, dans son essai Le Droit à la paresse au XXIesiècle. Très vite le débat public s'enflamme autour de cette idée, portée par la renommée de l'auteur et la rigueur de ses analyses. Et si un autre monde était possible ? Débordé par le succès de son livre, poussé par ses amis, Émilien Long se jette à l'eau?: il sera le candidat de la paresse à l'élection présidentielle. Entouré d'une équipe improbable, il va mener une campagne ne ressemblant à aucune autre. Avec un but simple?: faire changer la société, sortir d'un productivisme morbide pour redécouvrir le bonheur de vivre.
    Roman porté par une érudition joyeuse et un regard taquin sur nos choix de vie, Paresse pour tous imagine un pays qui renverse ses priorités et prend le temps d'exister. Après La Grande Panne (Le Tripode, 2016), récit visionnaire d'une France qui se retrouve à l'arrêt, Hadrien Klent offre cette fois-­ci le portrait d'une France qui se remet en marche, mais pas vraiment comme certains le voudraient.

    «?En 2008, on devait surmonter la crise des subprimes. Aujourd'hui, celle du coronavirus. ­Demain, ce sera quoi?? Le réchauffement climatique?? La conquête de Mars?? À chaque fois, le libéralisme triomphant propose qu'on souffre encore plus?! Qu'on se sacrifie pour sauver un système qui est pourtant absurde. Qu'on nourrisse un monstre incontrôlable et incontrôlé. Moi je propose le contraire. Qu'on inverse la place du travail et du temps libre. Qu'on interroge notre place dans la marche du monde. Je suis la voix de ceux qui veulent que la vie ne se résume pas au travail, à la croissance, à la consommation.?» Émilien Long

    Court, sympathique, a prendre au sérieux ou pas, là, ce sera une autre affaire!

    3 heures de travail par jour, et le reste du temps pour soi. C’est le programme provocateur d’Emilien Long, devenu un peu malgré lui candidat à l’élection présidentielle de 2022. Humour et utopie nous invitent à imaginer une France organisée autrement, tout en pointant les limites du modèle capitaliste actuel. On s’attache à une équipe de campagne loufoque qui invente une façon de faire de la politique au ralenti, loin de Paris, au plus près des gens. Un rêve joyeux, bienvenu en ces temps de grisaille épidémique.

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  • A la suite du coup de fil énigmatique d'un producteur, le narrateur embarque pour Rome investi d'une obscure mission : retrouver Laura Antonelli, l'actrice oubliée dont Visconti disait qu'elle fut « la plus belle femme du monde ». Il erre dans une Rome caniculaire, traversant les décors mythiques qu'on connaît, à la rencontre des témoins de sa vie tragique. Il épluche les vieux tabloïds et les interviews pour tenter de raconter, sans la trahir, cette femme insaisissable.

    Splendide et sensuelle, Laura Antonelli est tout d'abord le sex-symbol populaire de l'Italie catholique des années 1960. Avec la sortie en salle de L'Innocent, elle devient une de ces beautés solaires de l'âge d'or du cinéma italien. Dès lors, elle tourne avec les plus grands et découvre un succès poudré de cocaïne, de soirées hollywoodiennes, d'amours compliquées et de journaux à scandales, jusqu'au jour où la police trouve dans sa villa de Cerveteri 36 grammes de drogue. S'ensuit une série de démêlés judiciaires qui l'éloigne peu à peu des paillettes de Cinecittà. Ainsi commence pour elle une lente descente aux enfers.

    A la demande d'un producteur, elle se soumet à une opération de chirurgie esthétique qui la défigure. La star vit désormais recluse dans une chambre misérable et déclare aux rares curieux qui parviennent à retrouver sa trace : « Laura Antonelli n'existe plus ».

    Qu'est-ce que la gloire sinon, comme le disait Pasolini, l'autre face de la persécution ? De Sunset Boulevard à la Dolce Vita romaine, Philippe Brunel livre ici un roman plein de grâce et d'ombre, dans la lignée de Patrick Modiano, sur l'histoire légendaire de la femme la plus belle du monde devenue un monstre.

    Retrouver Laura Antonelli

    De brefs chapitres, une écriture fluide et claire, un roman modianesque sur la recherche d’une légende du cinéma qui s’est retirée du monde. Une réflexion sur la gloire et la déchéance par un auteur qui nous fait errer avec lui dans les rues de Rome. Une ambiance prégnante dont on a du mal à se défaire… 

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  • À dix-sept ans, Jacqueline Fleury-Marié s'engage contre l'occupant nazi dans les réseaux Défense de la France puis Mithridate, comme ses parents et son frère. Distribution de journaux et de tracts, transport de messages, recherche de caches... elle effectue de nombreuses missions de liaison et de renseignement - jusqu'à recopier une partie des plans du mur de l'Atlantique. Elle est arrêtée et emprisonnée à Fresnes, torturée par la Gestapo, parquée dans un train de déportation, connaît l'horreur de Ravensbrück, puis l'enfer des marches de la mort... Dont elle revient, brisée mais vivante.
    Sur les 1 038 résistants élevés Compagnons de la Libération par le général de Gaulle, seulement six sont des femmes - un chiffre qui est loin de représenter leur réelle part à cette lutte clandestine. À quatre-vingt-quinze ans, Jacqueline Fleury-Marié livre un témoignage exceptionnel et rend hommage à toutes ses compagnes, héroïnes souvent inconnues, qui se sont sacrifiées pour leur patrie, pour la liberté et dont les visages continuent de la hanter.
    Pour que l'Histoire ne les efface pas. Et que les valeurs qui ont porté leur combat éclairent notre époque.

    Résiter à l'indifférence et la solitude: un combat d'hier et d'aujourd'hui

    À 17 ans elle a tous les courages. Elle traverse Versailles la nuit tombée, sa sacoche bourrée de tracts et de journaux clandestins. Avec ses camarades elle recopie les plans du mur de l'Atlantique dans l'arrière cuisine d'un restaurant place du marché. Il y a de nombreuses casernes à Versailles et les allemands sont partout. Mais elle risque sa vie pour la liberté, La défense des plus faibles, comme une évidence, elle est résistante. Elle a appris à ne plus pleurer mais les cauchemars hantent toujours ses nuits. La torture, La gestapo, les cris. Et puis quand elle regarde un enfant, elle se souvient des yeux des enfants de Ravensbrück . Aujourd'hui à la sortie du livre, elle a 95 ans , c'est une femme discrète, souriante, à la voix douce, une femme de culture. Elle nous raconte son histoire et celle de ses sœurs de combat. Simplement elle nous dit, ne nous oubliez pas et faites que ce combat, cette solidarité, dans notre monde aujourd'hui de solitude, d'indifférence, n'est pas été vain. Elle est résistante.

    Librairie Le Livre Bleu

  • Nagasaki

    Agnes Hostache

    D'après le livre d'Eric Faye, Grand Prix du Roman de l'Académie française.

    Eric Faye en BD

    Il y a un mystère dans la vie bien rangée de Mr Shimura-san . Que se passe-t-il en son absence, la journée, dans sa maison si calme si ordonnée. Agnès Hostache à partir du subtil roman d'Eric Faye crée un roman graphique tout en émotions précises , aiguës . La solitude de nos vies modernes. L'enfer quotidien de ceux qui nous entourent et que l'on ne voit pas, tout est évoqué ici. La lumière d'une nuque, l'ordonnance domestique du quotidien. On croirait par exemple sentir l'odeur végétale et rassurante des tatamis. Cette histoire ( vraie) nous touche, nous bouleverse. Ainsi on ressent le cocon protecteur que peut être une maison et le côté sec, tranchant, de la solitude des deux protagonistes. Les dessins sont d'une grande sobriété. La matité des couleurs, la mise en scène des objets, tout est parfait.

    Librairie Le Livre Bleu - Versailles

  • N°1 sur la liste des best-sellers du «New York Times». L'auteure de «Mille petits riens» et d'«Une étincelle de vie» livre un roman "puissant" «(The Washington Post)» sur ces choix qui modifient le cours de nos vies. Dawn Edelstein voit sa vie basculer en quelques minutes. Elle est assise à bord d'un avion lorsqu'une annonce retentit dans la cabine : l'appareil doit se poser de toute urgence. Tandis que Dawn se prépare au pire, les pensées virevoltent dans sa tête et contre toute attente, ce n'est pas à son mari qu'elle songe mais à un homme qu'elle n'a pas revu depuis quinze ans... Sortie miraculeusement indemne, elle devra faire face aux questions qu'elle ne s'est jamais réellement posées : à quoi ressemble une vie bien vécue ? Que laissons-nous derrière nous quand nous quittons cette terre ? Faisons-nous des choix... ou bien est-ce nos choix qui font de nous ce que nous sommes ? Et qui serions-nous si nous n'étions pas devenus la personne que nous sommes aujourd'hui ?

    Le Livre des deux chemins

    Dawn, à 25 ans, doit abandonner une carrière prometteuse d’égyptologue, passion qu’elle partage avec son amant, Wyatt. Elle rentre aux EU car sa mère est en train de mourir et elle doit prendre en charge son frère plus jeune. Elle se marie avec un scientifique, Brian, a tout de suite une fille, Meret et devient doula de fin de vie : son métier est d’accompagner les personnes sur le point de mourir, dans toutes leurs demandes autres que médicales. Elle n’a ainsi pas vraiment quitté la proximité avec le monde des morts, qu’elle étudiait en Egypte. A la quarantaine, elle se rend finalement compte qu’elle n’a pas forcément vécu la vie qu’elle souhaitait, retourne vers l’Egypte et Wyatt. Des références historiques nombreuses et savantes sur l’Egypte ancienne, les fouilles, les hiéroglyphes. Des réflexions sur le thème de la mort. Mais aussi des interrogations sur le sens de la vie. Parfois un peu embrouillé, un livre qui se mérite, mais qui est passionnant.

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  • L'odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.
    1915, non loin d'Erzeroum, en Arménie turque. Araxie, dix ans, et sa petite soeur Haïganouch, six ans, échappent par miracle au massacre des Arméniens par les Turcs. Déportées vers le grand désert de Deir-ez-Zor et condamnées à une mort inéluctable, les deux fillettes sont épargnées grâce à un médecin qui les achète comme esclaves, les privant de leur liberté mais leur laissant la vie sauve.
    Jusqu'à ce que l'Histoire, à nouveau, les précipite dans la tourmente. Séparées, propulsées chacune à un bout du monde, Araxie et Haïganouch survivront-elles aux guerres et aux trahisons de ce siècle cruel ? Trouveront-elles enfin la paix et un refuge, aussi fragile soit-il ?
    C'est autour de l'enfance romancée de sa propre grand-mère que Ian Manook, de son vrai nom Patrick Manoukian, a construit cette inoubliable saga historique et familiale. Un roman plein d'humanité où souffle le vent furieux de l'Histoire, une galerie de personnages avides de survivre à la folie des hommes, et le portrait poignant des enfants de la diaspora arménienne.

    L’odyssée tragique et sublime de deux petites filles rescapées du génocide arménien.

    1915 : Erzeroum, Arménie, deux jeunes sœurs se trouvent plongées dans le génocide qui débute : la première scène est saisissante, encore plus quand on sait que l’auteur utilise en fait en partie les souvenirs de sa grand-mère. Témoins des massacres, elles parviennent à survivre, achetées d’abord comme esclaves par une famille turque. Puis elles vont être séparées : l’une, la plus grande, finit par émigrer en France après un certain temps et s’inscrit dans la diaspora arménienne. L’autre est emportée dans la révolution bolchevique, puis la terreur stalinienne. Une épopée familiale dont le récit s’arrête en 1939 ; on a vraiment le sentiment qu’il ne peut s’agir que du premier volet de cette saga, qui sait aussi mettre en valeur le contexte historique, politique, dans lequel les grandes puissances n’ont pas vraiment le beau rôle.

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  • Alors que le narrateur vient d'apprendre qu'il sera bientôt père d'une petite fille, le téléphone sonne. À l'autre bout du fil, sa mère. Le bateau de son père, Jean, vient de sombrer « corps et biens ». Jamais Jean ne saura que sa petite-fille s'appellera Louise.
    Peut-être pour lui rendre hommage, peut-être pour apaiser son chagrin, le narrateur se met alors à écrire le roman de ce coquillier blanc et bleu, Ar c'hwil, né presque en même temps que lui. Derrière l'histoire du bateau, c'est celle du père, de ses peines et de ses drames qui se profile. Mais aussi celle d'une famille, faite d'amour filial et fraternel. Une famille simple, où la pudeur des sentiments est de mise. Une histoire intimement liée à celle de la Bretagne, de la pêche et des crises qui ont jalonné la seconde partie du xxe siècle.
    À travers une chronique à la fois intime et sociale évoluant sur près de soixante ans, Grégory Nicolas rend hommage au courage des pêcheurs et de ceux qui les attendent.

    Le fils du pêcheur

    Un récit simple sur la vie d’une famille bretonne dont le père, pêcheur, vient de périr en mer. A partir de là, un de ses fils choisit à la fois de lui rendre hommage et de lui exprimer son amour par l’écriture : un ensemble de souvenirs de son père, qui l’a accompagné pendant son enfance et son adolescence. Les difficultés de cette profession sont évoquées à travers la grande manifestation de Rennes en 1994 et ses débordements, mais ne sont pas traitées par des clichés. Il y a, au contraire, un caractère assez émouvant dans la façon dont le père se souvient de l’événement et de ses conséquences tragiques. Une écriture pleine de retenue et de pudeur pour une histoire modeste mais empreinte d’humanité.

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  • Saint-Nazaire, ses chantiers navals, une forêt de silos et de grues, les marais et l'océan à perte de vue, un pont entre deux rives. Pour Franck Rivière, 21 ans, jeune espoir du football local, des rêves plein la tête, c'est aussi la fin du voyage : une chute de 68 mètres et son corps glacé repêché au petit matin.
    Tandis que le capitaine Marc Ferré doute de ce suicide, Julia, la soeur de Franck, brillante avocate « montée » à Paris, se heurte aux vérités d'une ville qui cache mal sa misère, ses magouilles et son pouvoir secret : que le bizness paie peut-être plus que le ballon rond, que Saint-Nazaire ne l'a jamais quittée, et qu'on n'enterre pas aussi facilement un amour d'adolescence.
    Roman d'atmosphère, peinture sociale saisissante d'une région déchirée, Sur l'autre rive est un récit aussi noir que sensible où se déploient la puissance romanesque et le style percutant d'Emmanuel Grand, l'auteur de Terminus Belz et des Salauds devront payer.

    Policier bien ficelé sur trame provinciale

    Franck, jeune footballeur de 21 ans, se suicide du pont de Saint-Nazaire. Julia, sa sœur qui vit à Paris et n’a plus aucun contact avec ses parents (un père alcoolique, une mère sans volonté) revient pour l’enterrement de ce frère presque oublié. Elle y retrouve le policier chargé de l’enquête, Marc, un de ses petits amis du lycée et ensemble, ils vont comprendre peu à peu que c’est en fait un meurtre. Au delà de cette trame policière, déjà très bien menée avec une grande vivacité, l’auteur aborde également, par touches feutrées, les trafics d’une ville de province, les rancoeurs familiales, la distance en fait infranchissable entre enfants de bourgeois et d’ouvriers, sans jamais tomber dans le cliché, les mauvais choix qui débouchent sur la mort, la difficulté pour les parents de prendre la meilleure décision pour leurs enfants. Une multitude de directions pour cette histoire qu’on lit d’une traite.

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  • Mrs Caliban

    Rachel Ingalls

    • Belfond
    • 7 Mars 2019

    Dorothy se languit. D'action, d'amour, d'enfants. Jusqu'à ce qu'une gigantesque créature débarque chez elle. Une créature qui dit s'appeler Larry et avoir besoin d'aide. Une créature qui va bouleverser son existence...
    Parue en 1982 aux États-Unis et encore inédite en français, une fable saisissante d'imagination, comparée par les critiques aussi bien à King Kong, à La Belle et la Bête, au Magicien d'Oz, qu'aux récits d'Edgar Allan Poe, aux contes de fées d'Angela Carter ou encore aux oeuvres hallucinées de David Lynch. Inspirée par la deuxième vague féministe, Rachel Ingalls brosse le portrait d'une jeune femme qui se libère d'un quotidien monotone et castrateur, se découvre, émotionnellement, sexuellement, et existe enfin.

    Une pépite Vintage à redécouvrir au plus vite !

    Une histoire de science-fiction amoureuse .

    Une fable, un conte . Dorothy voit un soir débarquer chez elle, un drôle de personnage, un mix de gros lézard mâtiné d’un homme très viril . Elle est surprise ( pas tellement effrayée ) et puis finalement ou plutôt rapidement elle est séduite . Et nous lecteurs pas du tout étonnés d’ailleurs ! Ils vivent alors une passion torride et secrète . Dorothy s’épanouit avec ce Larry , amant attentionné et surprenant qui la distrait de l’ennui de son foyer , jusqu’au drame . Cette histoire d’amour éclairera sa vie et les jours de solitude qui l’attendent.

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