Mots du libraire

  • Stardust

    Léonora Miano

    Poussière d'étoiles...

    « Poussière d’étoiles », c’est le surnom que sa grand-mère a donné à Louise. Souvenir de son enfance au Cameroun, si lointaine quand elle se retrouve dix ans plus tard sans titre de séjour, seule dans Paris avec sa fille.

    C’est alors l’ultime découverte de l’envers d’un décor rêvé : la France, dont le racisme l’avait déjà saisie, dévoile désormais sa brutalité envers les pauvres, les vulnérables, les petits.

    Un roman plein de violence contenue, de rancœur mais aussi d’une puissante énergie vitale : échapper à tout prix à l’hôtel sordide que les services sociaux ont assigné à la jeune femme, puis échapper encore à Crimée, ce lieu d’hébergement temporaire où les femmes vivent en marge.

    Dans ce texte autobiographique de jeunesse, repris des décennies plus tard, l’autrice lance un cri d’amour à sa fille, et un cri de révolte contre la spirale implacable de l’exclusion, exclusion des pauvres, des étrangers, des femmes vulnérables, que l’Etat est impuissant à relever, à soigner, à réinsérer dans une vie digne de ce nom.

    Un texte âpre, nerveux, plein d’une colère froide, mais aussi d’une certaine tendresse pour la jeune femme qui a su se battre pour rester debout, pour la jeune mère décidée à donner un avenir à sa fille.

    Librairie Le Livre Bleu

  • L'illusion du mal

    Piergiorgio Pulixi

    La nouvelle enquête d’Eva et Mara

    Un serial killer tient toute l’Italie en haleine grâce à ses vidéos dans lesquelles il appelle la population à voter : faut-il laisser en vie un criminel impuni, ou permettre à l’auteur de la vidéo de l’exécuter, pour venger les injustices d’un système judiciaire corrompu ? Pour mettre fin à cette comédie médiatique qui déchaîne les passions les plus sordides, une équipe de trois enquêteurs : deux femmes aussi différentes que complémentaires, et un expert aussi compétent qu’énigmatique. Un polar noir où la tension est constamment relancée par des surprises habilement disposées au cours du récit. On s’amuse aussi : ironie mordante, piques assassines émaillent les conversations, pour le plus grand plaisir du lecteur. L’auteur joue avec brio des caractères de ses personnages, nuançant leur côté parfois cliché par leur culpabilité liée à un passé douloureux avec lequel chacun doit composer. Enfin, se pose la question de la légitimité des institutions : si la justice est corrompue, pourquoi la population ne pourrait-elle pas juger elle-même ? C’est si simple et si rapide de voter sur son téléphone portable… Exécuter ou non le criminel resté impuni ? Tous se poseront la question, le lecteur le premier. Et la réponse n’est pas si simple…

    Librairie Le Livre Bleu

  • Le Président se tait

    Pauline Dreyfus

    Politique ou comédie?

    Ce Président, c’est Giscard. Il se tait après la révélation d’un cadeau embarrassant : des diamants offerts par un certain chef d’État africain. Pendant plusieurs semaines, le pays s’interroge sur ce silence. C’est dans cette France de la fin des années 1970 que l’autrice nous replonge, chaque chapitre faisant partager, au fil de ces semaines, le point de vue d’un personnage différent, pour composer le tableau d’une société en pleine mutation : de la femme de ménage portugaise au chef du protocole de l’Élysée, du fêtard habitué des Bains-Douches à la militante féministe, en passant par un agent de la DGSE. On s’amuse souvent, la romancière prenant plaisir à brocarder avec malice les travers d’une époque qu’elle fait revivre à travers une foule de détails. Clin d’œil au lecteur, des citations ou allusions pointent vers l’univers de Proust ou de Flaubert, suggérant de porter un regard ironique sur les petites ou grandes médiocrités de personnages malgré tout attachants. Tous s’interrogent sur les raisons du silence du Président, pendant que le récit lie la baisse de sa popularité à la fin d’une époque. A partir de quel moment ce Président moderne a-t-il cessé de séduire son électorat ? Est-on encore dans les années 1970, ou déjà dans les eighties ? Un roman pour les nostalgiques de cette période, pour les fans de Giscard ou ceux de Mitterrand, pour les amateurs d’histoire, de sociologie ou de politique, et pour les lecteurs aux yeux de qui société et politique ne sont que comédie.

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  • La rebéllion des femmes afghanes

    Une gamine en Afghanistan, dont la principale caractéristique est de ne pas tenir en place. Appétit de vie et curiosité insatiable la poussent à franchir les portes et les murs, pour découvrir le monde. Mais ce monde est une guerre civile qui semble sans fin : Russes, puis talibans imposent leur loi. Sous la férule implacable de ces derniers, les limites du monde se réduisent progressivement, renforcées par les croyances locales. Progressivement, la petite Homeira comprend qu’on veut lui imposer de vivre entre quatre murs, et que l’ouverture d’esprit de ses parents ne la protégera pas contre un régime archaïque et brutal. Ce récit autobiographique alterne avec les lettres qu’Homeira, jeune mère, envoie à son fils qui lui a été arraché, pour des raisons qu’on découvre progressivement. On est tour à tour bluffé par l’esprit de rébellion de l’héroïne, plongé dans l’angoisse face aux risques qu’elle prend, atterré par la pesanteur des mentalités rétrogrades d’une société qui réduit les femmes à des ombres. Le tout est illuminé par l’énergie et le courage de cette femme, figure reconnue des droits des femmes afghanes.

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  • Les gens de Bilbao naissent où ils veulent

    Maria Larrea

    C'est vivant, dynamique, passionnant.

    Dans l’Espagne des années 50, deux naissances, un garçon et une fille, dont les routes finiront par se croiser dans un port de Galice. Ils partiront à Paris, séduits par l’opportunité d’un poste de concierge mieux payé. Maria, la fille du couple, grandit dans le Paris des années 80 entre les troquets hantés par son alcoolique de père et la pauvreté qu’il faut cacher aux camarades de classe. Jeune réalisatrice en mal de succès, elle demande un jour à se faire tirer un tarot. Une parole inattendue révèle un secret de famille, à la poursuite duquel Maria va se lancer. Le roman inspiré de la vie de l’autrice commence dans une ambiance quasi fellinienne, esquissant le portrait de deux femmes fortes, mères marginales courageuses et terribles. L’enfance de Maria entre ses parents nous mène de l’innocence aux désillusions, puis à la quête de liberté à travers le cinéma. Une autobiographie vibrante de sensations, terriblement lucide et sincère, qui nous fait partager rêves et angoisses, celles-ci parfois déchirantes. Les courts chapitres imposent un rythme rapide, qui devient nerveux à mesure que Maria se mue en enquêtrice à la recherche des traces du passé familial : le suspense monte progressivement, et on ne peut plus lâcher le livre. 

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  • Ceux qui restent

    Jean Michelin

    Plongez dans la vie de soldats en mission non officielle

      Lulu, caporal-chef dans l’armée de terre, a disparu. Des recherches sont improvisées par ses compagnons d’armes : Stéphane, adjudant qui vient de quitter l’armée ; Marouane et Romain, qui servent dans la compagnie de Lulu. Tous ont participé à une même mission tragique. Cette enquête leur fera découvrir l’histoire poignante de Lulu sous sa carapace d’homme de devoir cadenassé sur lui-même. Grâce à un suspense bien dosé, sans effets appuyés, le récit reconstitue les derniers mois de Lulu au sein de sa compagnie, des manœuvres de routine aux « Opex » redoutées, qui placent chacun face à l’épreuve du feu. Le réalisme des situations d’entraînement ou de combat, mais aussi du fonctionnement interne de l’armée, est rendu accessible au profane, qui entre ainsi dans un monde à part, avec ses codes, son langage brusque, ses non-dits, ses affirmations viriles qui masquent la fragilité et tiennent les émotions en lisière. Les hommes, mais aussi leurs compagnes, constituent un tableau sociologique riche et complexe des soldats français, et de « ceux qui restent » à l’arrière. Le miroir entre « ici » et « là-bas » souligne la tension entre le métier de soldat en Opex et le quotidien des familles en France. On partage les angoisses de ces hommes et de leurs compagnes, angoisses identiques mais si difficiles à partager.  De l’adrénaline, des blagues de caserne, de la colère, de l’amertume et du désespoir : les émotions font vibrer les personnages, dans un récit sans épanchement, précis et efficace, qui rend hommage autant aux combattants soudés par leur fraternité d’armes mais hantés par leur métier de soldats, qu’à leurs proches. Un hommage qui n’empêche pas d’interroger la valeur du sacrifice, et le sens de l’héroïsme et du devoir face à la réalité de la vulnérabilité et de l’impuissance des hommes.

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  • Les enfants endormis

    Anthony Passeron

    Histoire de famille, histoire de notre société

    Désiré. L’oncle disparu trop tôt, et que l’auteur a à peine connu. Désiré, contre qui son frère nourrit une colère sourde. Désiré, que toute la famille évoque à demi-mot. Désiré, entouré de mystère et de gêne. La clé de cette énigme familiale s’appelle SIDA. L’auteur cherche à comprendre, en reconstituant l’histoire de son oncle à partir de quelques bribes de souvenirs que la mémoire familiale a accepté de conserver : des photos, quelques films, de rares aveux. Retraçant l’histoire familiale depuis le début du siècle, l’auteur inscrit la trajectoire flamboyante et pathétique de son oncle dans son époque, mettant en lumière les évolutions sociétales qui ont influencé cette destinée tragique et dérisoire. En parallèle, les débuts de la recherche sur le SIDA sont racontés sur le mode d’une enquête tendue : de la première suspicion d’une épidémie à la recherche de ce virus inconnu, des tâtonnements autour des tests à la recherche d’un traitement, on suit les efforts des médecins et chercheurs, poussés par leur droiture et leur exigence intellectuelle à lutter jusqu’au bout pour des patients méprisés par l’ensemble de la profession, car marginaux douteux, homosexuels et toxicomanes. L’auteur joue des échos entre ces deux histoires, pour créer une tension et un suspense rendus implacables par le recul des années, qui permet de mesurer le temps parfois inutilement gâché, et l’avancée inexorable de la maladie pour les malades et leurs familles, seuls face à un fléau que les médecins étaient incapables de guérir. Le livre donne un visage à l’histoire du VIH, celui de Désiré et de sa famille, frappée elle aussi de plein fouet par cette maladie de la honte, cette maladie inavouable à l’heure des clichés méprisants associés au SIDA, quand personne ne voulait comprendre que la maladie pouvait s’attaquer à n’importe qui. Un récit qui se lit d’une traite, le cœur plein de tristesse et de pitié.

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  • Les aquatiques

    Osvalde Lewat

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    Un premier roman intelligent, un univers affirmé d'une auteure à suivre.

    Dans un pays africain non défini, ce qui permet de le situer dans toute l’Afrique subsaharienne, Katmé appartient à la classe politique corrompue et autoritaire par son époux, un préfet ambitieux prêt à tous les accommodements pour obtenir davantage de pouvoir et de privilèges. Elle est aussi l’amie inconditionnelle de Samy, un artiste qui réalise une exposition sensible et d’autant plus dérangeante qu’il est homosexuel et que le pays se caractérise par une homophobie omniprésente dans toutes les catégories de la société. Elle va devoir choisir entre le confort de sa vie artificielle et dépendante, mais à laquelle elle tient malgré tout, surtout pour ses deux filles et le soutien et la fidélité à Samy, d’abord emprisonné puis mis à mort par ses voisins, dans une scène d’une violence difficilement supportable. Une belle écriture, un ton grave qui n’empêche pas des moments plus drôles. Une plongée au cœur d’une société africaine peu favorable aux femmes et aux différences.

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  • Le tableau du peintre juif

    Benoît Séverac

    Devoirs de mémoire

    Stéphane récupère un tableau en provenance de sa tante : il s’agit d’une peinture offerte à son grand-père qui aurait caché un artiste juif et sa femme pendant l’Occupation. Au chômage, en difficulté dans son couple, il va alors s’attacher à faire reconnaître son grand-père comme un Juste. Mais tout ne se passe pas comme prévu : Eli a en fait été assassiné à Auschwitz avec sa femme, comme il l’apprend en se rendant en Israël où il est alors traité presque comme un criminel. A partir de là, il va chercher à retrouver la vérité dans une enquête presque policière qui mêle passé et présent, voyage des Cévennes à Toulouse puis en Espagne Histoire intéressante, riche en rebondissements, en l'émotion, pour le devoir de mémoire, en balades au coeur de belles régions, servie par une écriture simple.

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  • La cité des nuages et des oiseaux

    Anthony Doerr

    700 pages qui se dévorent avec grand plaisir !

    L’auteur réussit à emmener le lecteur dans des époques et des mondes très différents : aux 2 périodes extrêmes, Constantinople au moment de sa prise par les Ottomans en 1453 et un vaisseau spatial dans lequel s’est réfugiée une petite partie de l’humanité, donc dans un temps d’anticipation, sans oublier l’Amérique des années 1950 ou 2020. Or, en aucun cas ce découpage ne paraît artificiel car il est porté par un manuscrit de l’Antiquité grecque, dont quelques passages seulement ont été conservés et qui donne son titre au roman. Un récit très original, des personnages attachants avec leurs fragilités, une écriture qui est celle d’un excellent conteur. Un livre dans lequel il faut cependant rentrer et qui se mérite, compte tenu de sa structure.

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  • La douceur de l'eau

    Nathan Harris

    simple et efficace

    Le récit se situe à la fin de la guerre de Sécession dans une petite ville de Géorgie. George est un vieil homme qui vient d’apprendre la mort de son fils Caleb à la guerre. Il prend en charge deux esclaves affranchis, Landry et Prentiss : ceux-ci sont certes libérés de leur servitude ; mais, livrés à eux-mêmes, ils doivent se reconstruire matériellement et psychologiquement. Mais alors que son fils qui a en fait survécu revient, ses bonnes intentions aboutissent à un drame, porté par une société encore très ségrégationniste hostile aux « nègres »  et peu contrôlée par les chefs victorieux du Nord qui ne sont pas décrits sous leur meilleur jour. Une réflexion profonde sur cette période qui présente l’intérêt de mettre en scène des personnages variés et parfois complexes, notamment George. Une réserve toutefois : à part les deux affranchis, ces personnages ne suscitent pas vraiment l’empathie, peut-être est-ce volontaire de la part de l’auteur.

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  • La petite menteuse

    Pascale Robert-Diard

    Un « cas d'école » qui l'interpelle

    Lisa est une jeune femme qui, à l’âge de quinze ans a affirmé avoir été violée par un ouvrier travaillant chez ses parents. Celui-ci a clamé son innocence mais a été condamné à dix ans de prison. On se situe lors du procès en appel. Lisa prend une nouvelle avocate et lui annonce qu’elle a menti. L’intérêt de ce court récit est de montrer pourquoi elle a agi ainsi : pour ne pas dégrader sa réputation de fille facile au collège, pourvue de gros seins, elle s’est posée en victime ; deux professeurs qui l’apprécient l’ont crue et à partir de là, elle n’a pas su comment se rétracter, dans une famille déchirée où le père en train de partir pour une autre femme culpabilise de n’avoir pas mieux protégé sa fille. Le récit est écrit du point de vue de l’avocate qui doit défendre cette « petite menteuse », alors que l’époque est plutôt portée à croire systématiquement la parole des femmes. C’est ce décalage également qui rend le sujet intéressant, de même que le personnage de Marco qui de violeur devient la victime dans un retournement complexe car il s’agit du même homme. L’auteure ne donne pas non plus les raisons pour lesquelles Lisa refuse désormais de mentir, le lecteur peut les imaginer. Une écriture vive, percutante, sans un mot de trop.

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  • La vérité sur la lumière

    Audur Ava Olafsdóttir

    Le coup de coeur de Nora!

    Dyjà est sage-femme comme presque toutes les femmes de sa famille. Elle est une " mère de la lumière " . Dyjà hérite de l’appartement de sa grande tante Fifa, un appartement désuet où règne encore l’âme et la personnalité de Fifa. Elle découvre petit à petit à travers ses écrits qui était Fifa, une femme visionnaire, humaniste, passionnée par l’écologie, l’enfance des hommes et des animaux. Ne cherchez pas l’histoire, il y a des histoires dans ce livre. L’histoire de ces sages-femmes islandaises qui affrontaient la nuit, le froid, au péril de leur vie, pour se rendre aux chevets d’autres femmes, et aider les enfants à atteindre la lumière. Et puis à travers le quotidien de Dijà c’est l’histoire de l’Islande et de ses tempêtes, des jours si courts de l’hiver, de la solidarité nécessaire. C’est aussi notre histoire qui nous est racontée, celle du changement climatique, de ce vent qui porte trop loin les oiseaux migrateurs maintenant et qui les tue . Il y a de la magie dans le style si pur, dans les histoires de cette autrice islandaise, la nature et la poésie sont toujours si présentes, comme dans nos vies si on le veut bien. Chacun de ses romans est un enchantement.

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  • La fille qu'on appelle

    Tanguy Viel

    Un écrivain qui crée des portraits touchants et complexes

    Laura, qui, adolescente,  a fait des photographies de mode parfois dénudées, revient dans sa ville bretonne et cherche un logement. Son père, Max, un ancien boxeur devenu chauffeur du maire, lui propose de le rencontrer. Il va bien lui trouver un logement et même un travail, au casino de la ville dont le patron est un « ami », mais il associe cette aide aux « faveurs » de la jeune femme. Quand son père l’apprend, il agresse le maire, entretemps devenu ministre. Un récit qui peut éveiller des échos médiatiques, mais que l’auteur traite au delà du fait divers, de façon très réussie car sans manichéisme. Ainsi Laura a cédé aux demandes du maire, mais céder signifie t-il  qu’elle consent réellement ? T Viel met en scène toutes les formes de domination, en suggérant que la domination physique, par les poings ou par le sexe, est loin d’être la seule et a peut-être moins d’impact que la domination du pouvoir et de la pression sociale. Il évite également le manichéisme grâce à la justesse de l’écriture.

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  • Un si joli nulle part

    Alex Schaitkin

    Un premier roman prometteur, une auteure à suivre

    Un couple de riches Américains en vacances aux Caraïbes : ils sont accompagnés par leurs deux filles, Alison, 18 ans et Claire, 7 ans. Alison est retrouvée morte et l’enquête, qui fait à un moment porter les soupçons sur deux employés de l’hôtel, Clive et Edwin, ne peut trancher : meurtre, suicide ou accident. Longtemps après, alors que la famille n’a pas vraiment surmonté cette disparition, Claire devenue adulte rencontre de façon fortuite Clive, désormais chauffeur de taxi aux Etats-Unis et elle choisit de refaire l’enquête, en se rapprochant de Clive, qu’elle pense être le meurtrier de sa sœur. Au delà de cette trame presque policière, bien construite car elle permet d’évoquer plusieurs points de vue, le récit pose la question de l’impossible deuil pour la famille, mais aussi et de façon subtile, celle des rapports entre Blancs privilégiés et Caribéens, avec les personnages d’Alison et de Claire, qui se cherchent toutes deux face à ces inégalités.

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  • Les survivants

    Alex Schulman

    Un roman suédois original

    Nils, Benjamin et Pierre sont trois frères qui se retrouvent à l’âge adulte pour disperser les cendres de leur mère dans le lac situé à proximité de leur maison d’enfance. Benjamin raconte à la fois cette enfance difficile, entre une mère mentalement perturbée et un père qui se réfugie dans l’alcool, et les retrouvailles entre les frères. Ceux-ci ont  aussi des relations compliquées ; ils semblent toujours sur le qui-vive, prêts à basculer dans la violence (le livre débute par une bagarre entre les deux frères, que Benjamin, paralysé, est incapable d’arrêter) ou le mal-être. On comprend assez vite qu’il y a eu un drame dans leur passé, mais on ignore jusqu’à la fin quelle a été sa réalité et son ampleur. La construction du récit est complexe, basée sur la journée de deuil autour du lac décrite en partant de la fin et sur les souvenirs de Benjamin. Cette chronologie inversée,  mêlée aux évènements qui reviennent du passé, donne une force particulière à l’histoire ; de même l’écriture accompagne bien la montée de la tension.

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  • La patience des traces

    Jeanne Benameur

    Une fois de plus elle sait explorer l'âme humaine avec bonheur.

    Simon est un psychanalyste proche de la retraite qui réfléchit au sens de sa vie : après avoir aidé nombre de patients, il a le profond besoin de se retrouver lui-même. Il part pour le Japon, le Japon des traditions dans des îles lointaines. Il va faire du chemin en lui et gagner en sérénité à travers différents moments qui sont tous un enchantement mis en scène de façon très poétique et qui font tous appel aux sens : la réparation de céramiques cassées avec des fils d’or, les tissus anciens aux couleurs chatoyantes obtenues de manière un peu magique, les sources d’eau chaude, les relations intenses avec un Japonais, alors qu’ils ne parlent pas la même langue mais se comprennent parfaitement. Il va ainsi pénétrer au plus profond de ses propres déchirures, entre son amitié blessée et son amour perdu. Une écriture magnifique comme le titre du livre.

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  • Mahmoud ou la montée des eaux

    Antoine Wauters

    La force des mots et de la poésie face au poids de la barbarie

    Un vieux poète syrien se souvient de l’histoire de son pays en plongeant dans le passé proche comme il plonge dans le lac artificiel qui a englouti son village et ses souvenirs d’une enfance heureuse. Le récit est en vers libres, mais il parvient à décrire d’une façon souvent très réaliste la montée de la répression sous Bachar El Assad après l’espoir que son arrivée au pouvoir a suscité, le printemps arabe dans lequel ses trois enfants s’engagent et se perdent, sa femme disparue, les violences parallèles du pouvoir et des djihadistes. La force des mots et de la poésie face au poids de la barbarie  et du mal: en lisant un tel livre, on veut croire que la première permet de triompher sur les seconds.

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  • S'adapter

    Clara Dupont-Monod

    Quand Nora de Versailles nous partagent "S'adapter"

    Ce sont les pierres qui racontent. Les pierres de cette maison des Cévennes où naît cet enfant aux grands yeux noirs, au corps immobile, différent. Et les pierres nous racontent la fratrie fragilisée, les parents dévastés, et le terrible regard des autres, les questions insupportables. Mais il y a surtout et avant tout l’amour, celui d’un grand frère qui saura lui, poser sa joue contre celle si douce de l’enfant, il saura lui parler, il apprendra avec lui l’importance du silence, des parfums de l’été, du temps qui s’étire sans fin. C’est un livre rare, une écriture magnifique et bouleversante. C’est un conte sombre et lumineux en même temps. Quand vous aurez terminé ce livre, il y aura encore dans votre tête et autour de vous, le silence et une odeur de fleurs d’oranger flottant dans l’air.

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  • Sages femmes

    Marie Richeux

    Un livre qui brode un beau motif féminin

    Entre énigme à résoudre et quête personnelle, Marie nous fait partager son enquête sur le passé des femmes de sa famille. Il s’agit dès lors de tirer des fils et de les entrecroiser pour tisser l’histoire singulière de filles-mères sur plusieurs générations. Le récit progresse par fragments qui restituent les associations d’idées troublantes, les interrogations touchantes et les progrès aléatoires de cette recherche. La documentation historique rassemblée par Marie effleure la condition des filles-mères du XIXème au XXème siècle : les froids hospices de Reims, l’état-civil particulier des enfants abandonnés, ou reconnus in extremis par leurs mères. De longues conversations entre la narratrice et les femmes de la famille complètent ces détails, et donnent un tour intime au récit, esquissant la figure d’une grand-mère et d’une arrière-grand-mère rebelles. Plus intimement, Marie explore ses propres fragilités, en exprimant ses interrogations symboliques, spirituelles ou psychanalytiques – notamment autour du sens de son prénom. Le récit coud entre eux les indices glanés au fil de cette recherche, pour, comme dans un patchwork, constituer la trame unifiée d’une vie riche de sens. Les silences et les ombres des débuts cèdent la place progressivement à une histoire, à un récit dans lequel plusieurs figures féminines prennent leur place – même si des mystères demeurent. A la fin du récit, la narratrice aura trouvé sa place dans cette lignée de mères, et trouvé la paix. La découverte de son histoire familiale lui aura permis de s’affirmer, forte, pleine de vie, et donneuse de vie. Un roman touchant, qui souligne la complexité  de la condition féminine et de la maternité, et interroge le poids d’un héritage familial inconscient ou passé sous silence, sur l’identité des jeunes générations.

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  • Plasmas

    Céline Minard

    Ultime plaisir

    Ce titre intriguant annonce la couleur : il sera question de vivre, voire de survivre, et cette vie ou cette survie impliqueront des changements profonds de la matière. Changements profonds, car les personnages semblent tous évoluer dans un décor de fin du monde, de déclin des ressources, dans une ambiance tantôt proche de la science-fiction, tantôt proche du merveilleux. Science-fiction, quand les trois trapézistes du premier chapitre sont observés par des « Bjorgs » fascinés par leurs mouvements, défis à la pesanteur décrits avec une intensité et une urgence palpables. Science-fiction encore, quand des étudiants suivent un cours sur l’histoire du déclin, puis de l’abandon de la Terre par les hommes, partis s’installer ailleurs dans l’Univers. Merveilleux aussi, dans l’évocation de ces jeunes êtres aux qualités à la fois humaines et animales, fruits d’une évolution leur permettant de s’adapter à de nouvelles conditions de vie. Mais entre ces deux pôles se situent bien d’autres nuances. Les chapitres de ce roman sont en effet autant d’univers différents : chaque ouverture est une surprise, une direction nouvelle, une ambiance imprévue. Le plaisir des contrastes, de la variété, est intense, et la poésie de certains chapitres, hypnotique. Tous ces petits récits interrogent : comment vivre ? Comment l’homme interagit-il avec la nature ? Et finalement, qu’est-ce qu’une vie humaine dans l’immense flot du temps ? On peut se demander s’il faut lire le roman comme une évasion fantaisiste, comme une parabole sur l’évolution, ou comme une fable écologiste. Et c’est un des plaisirs de ce roman que de procurer une lecture qui ne donne pas toutes les réponses – quitte à nous imposer la frustration de fin de chapitres abruptes, qui laissent l’action en suspens, suggérant sans raconter, nous laissant dans l’impatience et l’urgence de qui voudrait savoir, mais doit se contenter d’imaginer – ultime plaisir…

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  • Les dents de lait

    Helene Bukowski

    Un voyage en enfance...

    Dents de lait : on pense à une enfance insouciante, innocente, heureuse de grandir. Il n’en sera rien. Ces dents de lait scelleront le destin de la jeune Meisis, apparue un jour dans le jardin d’Edith et Skalde. Sa flamboyante chevelure rousse révèle son origine étrangère, et suffit à la désigner comme bouc émissaire d’une communauté aux abois. Car rien ne va dans ces lieux isolés : le brouillard autrefois permanent s’est dissipé, et à sa place s’est abattue une chape de chaleur accablante. Les animaux ont perdu leurs couleurs ; jardins et vergers peinent à produire. Grâce au troc et aux réserves de pétrole, on s’en sort encore, mais pour combien de temps ? L’irruption de Meisis, alors même que la zone est théoriquement isolée du reste du monde, cristallisera les angoisses et les tensions. C’est une sorte de conte, au contexte indéfini mais inquiétant, où il est question de survivre. Survivre quand la nature se détraque. Survivre quand le monde extérieur fait peur. Mais il est aussi question de liberté : la liberté de vivre à sa guise, sans se soumettre aux diktats d’un groupe. Helen Bukowski révèle progressivement, dans un suspense de plus en plus intense, la puissance de la peur et la séduction de la violence face à une menace, réelle ou imaginaire. Face à l’imprévu, face aux difficultés, le repli sur soi et l’exclusion de l’autre l’emportent sur la raison et l’humanité. Skalde, émouvante figure de courage et de générosité, en fera l’expérience amère, et en viendra à relire sa propre histoire à la lumière de cette difficile intégration des étrangers. Il lui faudra alors prendre une décision, la décision de survivre, libre, ou de se soumettre, quitte à en perdre sa raison de vivre. De ce conte puissant, l’humanité ne sort pas toujours grandie. L’espoir apparaît comme fragile, et le propos est finalement pessimiste. Mais la tension du récit, le style lapidaire, les propos parfois tranchants des personnages, créent une atmosphère fascinante qui donnent à la fable toute sa puissance.

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  • Galerie des glaces

    Eric Garandeau

    Lagos (Nigéria), Venise et Versailles. Quel point commun ? Trois villes bâties sur rien, sur l'eau, sur une idée.

    Un détective privé, Gabriel, enquête sur la mort d’Alexandre Obkowicz, dirigeant de la Manufacture, une multinationale française qui produit des glaces et du verre. Ce récit policier emmène à Lagos au Nigéria où le PDG avait des activités industrielles et une maîtresse et devient un roman historique qui transporte à Venise puis à Versailles au XVIIème s : à cette époque, les miroitiers vénitiens sont très convoités et Colbert en enlève certains ou les soudoie pour qu’ils viennent travailler sur le projet de Louis XIV. On se retrouve de nouveau en pleine période contemporaine, dans un roman d’espionnage industriel, pour découvrir qu’Alexandre a été assassiné par une Vénitienne.

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  • Passage de l'union

    Christophe Jamin

    Une quête d'une vérité intime, simple et élégante

    Trois personnages : le narrateur, d’abord étudiant qui vit dans un studio passage de l’Union dans le VIIème arrondissement ; un écrivain, qui entre en contact avec lui et dont on comprend qu’il s’agit de Modiano ; et un criminel qu’il est appelé à défendre des années plus tard car il est devenu avocat. Ce criminel a tué, en souvenir de sa sœur qui a disparu pendant la seconde guerre mondiale. A partir de là, le récit emmène dans le Paris de l’Occupation, les trafics en tout genre et les compromissions, voire les alliances avec les nazis. Le narrateur est alors contraint de se poser des questions sur sa propre famille et il apprend que certains de ses membres ont participé à la collaboration : sa quête l’entraine vers Versailles, « ville humide et catholique ». Une écriture très élégante, qui se glisse à merveille dans celle de Modiano, en ce sens un bel hommage à la littérature. Une recherche du passé qui n’est volontairement pas complétement aboutie car le mystère reste au cœur du récit, ce qui lui donne une grande délicatesse.

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