• Retraçant l'histoire de cette démocratie depuis la création de l'État aux années Netanyahu, Samy Cohen montre qu'Israël ne fut jamais une démocratie libérale, mais hybride, fragile et fragmentée.
    L'abondante littérature qui analyse les dérives populistes dans le monde laisse curieusement de côté Israël, où elles sont pourtant patentes. À plusieurs reprises au cours des douze dernières années, cette démocratie s'est trouvée au bord du gouffre.
    Retraçant la trajectoire de la « seule démocratie du Proche-Orient », de sa naissance aux années Netanyahu, Samy Cohen montre combien elle est hybride, fragile et fragmentée. La société a éclaté en deux camps. L'un, attaché aux valeurs libérales, est prêt à des compromis avec les Palestiniens, quand l'autre, sensible aux sirènes nationalistes et religieuses, reste indifférent à l'État de droit.
    Qui l'emportera ? C'est l'avenir de la démocratie israélienne qui est en jeu.

  • « Une expérience beaucoup plus cruelle que celle du colonialisme nous attend, celle de la guerre impitoyable avec notre vie sauvage. Ce qui n'avait pas été assimilé par la domination coloniale ne l'a pas été par la modernité nationale, ni par la Révolution, ni par la démocratie. L'islamisme armé vient nous rappeler que le travail ne fait que commencer, et qu'en réalité, nous l'avons esquivé.» Hélé Béji.
    La Révolution tunisienne de 2011, née du sentiment de dignité et de justice d'un peuple, fut celle de la spontanéité. Elle a aussi ouvert une voie alternative à l'ingérence démocratique occidentale, aux accents de nouvelle croisade, qui n'a fait que raviver dramatiquement l'islamisme radical. Mais qu'a fait la Tunisie de ce grand moment de son histoire ? Neuf ans après, au coeur d'une crise politique et sociale aiguë, Hélé Béji dresse le constat d'un échec, qui dépasse les frontières de la seule Tunisie. Comment sortir de cette dépression politique, si ce n'est par la constitution d'une société qui, trouvant en elle-même une réponse à l'obscurantisme, restaure la dignité de l'homme ?

  • Depuis le 22 février 2019, chaque vendredi, les Algériens descendent dans les rues, parfois par millions, pour réclamer le départ du régime en place depuis l'indépendance : « Qu'ils dégagent tous ! », « Les généraux à la poubelle ». Un mouvement, appelé « hirak » en arabe, d'une ampleur inédite dans l'histoire du monde contemporain : on n'a jamais vu la majorité de la population opprimée d'un pays manifester ainsi pacifiquement dans les rues de ses villes pendant des mois pour exiger une authentique démocratie.
    Ce livre tente de rendre compte de cette extraordinaire ébullition, qui a sidéré tous les observateurs. Il réunit les contributions de journalistes et professionnels algériens qui ont suivi sur place le mouvement au jour le jour, ainsi que celles de spécialistes, algériens et français, qui observent l'actualité du pays depuis des décennies. D'où l'intérêt de ce livre sans équivalent, qui montre d'abord comment les slogans exprimés de mille manières dans les manifestations du hirak ont révélé la remarquable lucidité du peuple sur la nature du régime. Ils expriment sans détours que, depuis les années 1980, celui-ci est dirigé par l'équivalent d'une coupole mafieuse, principalement composée par les chefs de l'armée et de la police politique, réunis autour du partage des circuits de corruption. Une coupole qui se cache derrière une façade politique civile constituant une fausse démocratie à base de ministres et de partis, « laïques » ou « islamiques », sans aucune autonomie réelle.
    Après avoir rappelé les évolutions récentes de ce régime, qui permettent de comprendre les origines profondes du soulèvement, les auteurs rendent compte en détail de ses multiples facettes, comme l'inventivité et l'humour des manifestant.e.s, la place essentielle des jeunes et des femmes ou la revendication centrale d'une « seconde libération », celle du peuple après celle du pays en 1962. Mais aussi la mobilisation spécifique des étudiant.e.s, sans négliger le rôle de la presse et des réseaux sociaux, ni les réactions à la répression exercée par les forces de sécurité.
    En se concluant par une série de révélations sur les effets du hirak au sein du pouvoir (règlements de comptes à la tête de l'armée et de la police politique, arrestations d'oligarques liés aux réseaux de corruption de certains clans...), ainsi que sur les réactions des grandes puissances, cet ouvrage très accessible apporte des clés essentielles pour comprendre l'un des plus puissants mouvements sociaux de l'histoire moderne.

  • «Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique, leur bigoterie empressée, leurs manières doucereuses et leurs discours pleins de magie et de tonnerre, ils faisaient spectacle dans l'Algérie de cette époque, socialiste, révolutionnaire, tiers-mondiste, matérialiste jusqu'au bout des ongles, que partout dans le monde progressiste on appelait avec admiration «la Mecque des révolutionnaires». Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l'improviste que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s'était répandu dans tout le pays».
    Après avoir brossé un tableau d'ensemble des courants musulmans, Boualem Sansal s'interroge sur les acteurs de la propagation de l'islamisme : les États prosélytes, les élites opportunistes, les intellectuels silencieux, les universités, les médias, «la rue arabe»... Il questionne aussi l'échec de l'intégration dans les pays d'accueil des émigrés.
    Ainsi, l'islamisme arabe tend à s'imposer, mal évalué par les pouvoirs occidentaux qui lui opposent des réponses inappropriées, tandis que les femmes et les jeunes, ses principales victimes, sont de plus en plus à sa merci.
    Boualem Sansal, devenu l'une des grandes voix de la littérature algérienne, propose une synthèse engagée, précise, documentée, sans pour autant abandonner les prises de position humanistes intransigeantes qui, au fil de ses romans, l'ont amené à dénoncer à la fois le pouvoir militaire algérien et le totalitarisme islamiste.

  • Un livre de plus ? Non.
    Ce livre concerne les ressorts et les formes de l'action politique - les modes de construction de l'Etat et les dynamiques de mobilisation des acteurs- au Proche-Orient. Il traite du poids des structures et du mouvement de l'historicité dans le long XXe siècle. Les moments de récit alternent avec les plages d'analyse, l'histoire politique avec l'analyse structurale. Le projet ne prétend nullement à l'exhaustivité. Il opère des choix de pays, de périodes, de thématiques et propose des questions nouvelles sans prétendre apporter de réponses.

  • Trump peut se contenter de traiter Bachar al-Assad d'animal, mais il ne fallait pas moins de deux auteurs, tous syriens, emmenés par Farouk Mardam-Bey, pour analyser avec sérieux, ce qui ne veut pas dire sans indignation, le parcours "intellectuel" du tyran génocidaire soutenu par Poutine et les ayatollahs iraniens.      

  • Notre monde a abandonné la Syrie et son peuple à une horreur inimaginable. Et cette horreur ne semble nous toucher que par ses « effets collatéraux », les attaques terroristes menées sur notre sol.
    Pour qu'une telle indifférence soit devenue possible, il a fallu occulter tout ce qui dans l'histoire de la Syrie résonne dans notre propre mémoire. Il n'en est que plus urgent de renouer le lien avec la part de l'histoire universelle qui s'est déroulée là-bas. Qu'on le veuille non, Damas nous tend aujourd'hui son miroir.
    Dans ce livre alerte, inspiré, Jean-Pierre Filiu revisite en Syrie un passé aussi intimement mêlé au nôtre. Il évoque des figures que l'on croit familières, saint Paul, Saladin ou Abdelkader, et nous en fait découvrir bien d'autres, du « chemin de Damas » à l'« Orient compliqué ».
    La descente aux enfers de la Syrie, de ses femmes et de ses hommes, n'est ni une affaire d'Arabes, ni le solde de querelles immémoriales. Elle est épouvantablement moderne, car les bourreaux de ce temps, qu'ils soient jihadistes ou pro-Assad, n'invoquent un glorieux passé qu'à l'aune de leur projet totalitaire.
    Nous avons tous en nous une part de Syrie. Dans le miroir de Damas, nous comprenons mieux ce que notre monde est en train de devenir.

  • Au pouvoir depuis 2003, tour à tour premier ministre, puis président de la République, Recep Tayyip Erdogan incarne les réussites et les dérives de son pays. Charismatique et despotique, il écrase la scène politique et monopolise le débat public, il défend un modèle turc à son image et ambitionne de devenir le leader du monde musulman. Guillaume Perrier, journaliste et auteur, ancien correspondant en Turquie («Le Monde», Europe1, «Le Point») a couvert l'actualité turque pendant une dizaine d'années.

  • Jusqu'à une époque récente, le pouvoir israélien avait choisi de ne pas évoquer le boycott pour ne pas lui donner de publicité, mais les progrès du mouvement BDS, et en particulier du boycott culturel et universitaire, ont changé la donne : il est devenu dans le discours officiel une « menace stratégique de premier ordre ». De fait, ce boycott est un pavé lancé dans la vitrine d'un État qui se présente comme occidental-libéral, démocratique et critique.
    Pour contrer cette menace, dans un premier temps la propagande israélienne était fondée sur l'explication (hasbara en hébreu) : montrer « à quel point nous sommes bons et ceux qui nous attaquent sont méchants ». Mais avec les opérations menées à Gaza en 2008 et 2014, l'image d'Israël s'est encore détériorée. Le pouvoir israélien a alors changé de stratégie et remplacé l'explication par le marketing. Il s'agit désormais de promouvoir le pays comme une marque (Brand Israël), de supprimer toute référence au conflit avec les Palestiniens, de vanter les atouts d'Israël, son économie solide, son mode de vie vibrant, sa culture. Une organisation gouvernementale est créée pour ce but, dotée de millions de dollars annuels.
    Cette opération de marketing se double d'une offensive universitaires civiles, depuis la prestigieuse université de Tel-Aviv jusqu'à l'institut Technion, où ont été conçus le bulldozer D9, télécommandé pour la destruction de maisons et la technologie des drones de renseignement. Dans les conseils d'administration et parmi les enseignants, on compte une grande proportion d'anciens militaires de haut grade et de représentants de l'industrie militaire. L'université n'a jamais protesté contre le blocage et la fermeture des universités palestiniennes dans les territoires occupés, ni contre les crimes commis lors des expéditions militaires à Gaza. Les rares voix discordantes sont muselées, et les dissidents sont souvent amenés à s'exiler.
    La littérature et le cinéma israéliens sont eux aussi utilisés comme des armes stratégiques. Au lendemain de l'opération Plomb durci à Gaza, le ministre des Affaires étrangères déclarait : « Nous allons envoyer à l'étranger des romanciers connus, des compagnies théâtrales, des expositions, pour montrer un plus joli visage d'Israël, pour ne plus être perçus dans un contexte de guerre ».
    Quant à la « gauche sioniste », (ou « camp de la paix »), elle proclame que la société israélienne glisse vers le désastre, refusant d'admettre que le désastre est déjà là. Ses prudentes circonlocutions en font, selon les mots de Sivan et Laborie, « les garde-frontières de la critique légitime », la caution morale de l'inacceptable.
    Le boycott intellectuel et universitaire est donc plus que légitime. C'est un outil essentiel pour celles et ceux qui souhaitent voir un jour les juifs israéliens pleinement intégrés et réconciliés avec le Moyen Orient.
    Juridique menée dans le monde entier pour délégitimer et censurer les voix qui appellent au boycott, et singulièrement au boycott culturel et universitaire. En France, cette offensive est d'une intensité particulière, d'où une sorte d'« exception française » : notre pays est le seul (avec Israël, depuis peu) à considérer l'appel au boycott comme un délit - la Cour de cassation l'a récemment confirmé à deux reprises, au moment où les gouvernements néerlandais et irlandais affirmaient explicitement qu'un tel appel relevait de la liberté d'expression.
    Le prestige international de l'université israélienne est un point essentiel de la hasbara. Sivan et Laborie montrent que cette université doit sa richesse et son efficacité à sa relation plus qu'étroite avec l'armée. L'essentiel de la recherche et développement de l'armée est réalisé par des institutions

  • Cet ouvrage expose les multiples facettes de la pensée politique arabe depuis le XIXe siècle, attestant la vitalité de cette pensée et des grandes controverses qui l'ont traversée. Il montre que ses acteurs, loin d'être figés dans le carcan théologico-politique décrit par certains récits canoniques sur les Arabes et l'islam, ont souvent exprimé une pensée critique forte, sur les plans religieux et philosophique, anthropologique et politique.
    Inscrivant l'oeuvre de ces penseurs dans le maelström des bouleversements géopolitiques et socioéconomiques ayant marqué le monde arabe depuis deux siècles, Georges Corm explique comment les puissances externes ont contribué à marginaliser la pensée critique arabe. Cela a facilité l'installation hégémonique de la pensée islamiste, instrumentalisée par certains régimes arabes comme par leurs protecteurs occidentaux. En retraçant finement les avatars successifs du nationalisme arabe moderniste, confronté à partir des années 1950 au double défi de la création de l'État d'Israël et de la manne pétrolière, Georges Corm donne les clés pour comprendre les révoltes libertaires arabes de 2011, ainsi que les contrerévolutions et interventions externes qui les ont suivies.
    Un guide précieux pour se familiariser avec la complexité de la pensée arabe.

  • Le discours que prononça Nasser le 26 juillet 1956 est historique à plus d'un titre.
    À nous lecteurs de ce début de XXIe siècle, le chef de l'État égyptien montre que la civilisation arabomusulmane libérée du colonialisme ottoman puis occidental, désormais fi xée vers des perspectives meilleures, ne peut se résumer en une soumission à une pratique religieuse, comme trop souvent l'Occident le ressent.
    L'action de Nasser modernise l'identité arabe et peut se lire comme une tentative de réforme de l'islam.
    À cette époque, Nasser parle, Oum Kalsoum chante, et les grandes puissances s'agitent.

  • Alors qu'il existe plusieurs atlas de l'Égypte ancienne, aucun atlas de l'Égypte contemporaine n'avait encore été publié. Cet ouvrage vient donc combler un vide, en offrant au grand public un panorama illustré de l'Égypte au début du XXIe siècle.
    Réunissant les contributions d'une cinquantaine de chercheur.e.s, il présente, sous une forme cartographiée et vulgarisée, les faits saillants et les enjeux de l'Égypte actuelle en matière politique, géopolitique, économique, démographique, sociale, environnementale et culturelle. Il s'appuie, à cette fin, sur des ressources documentaires inédites : les cartes notamment, qui exploitent les résultats du recensement officiel égyptien de 2017, offrent une version actualisée du territoire.
    Pour mieux connaître et comprendre l'Égypte d'aujourd'hui.

  • Comment comprendre ce qui se passe en Turquie et qui conduit le pays à renouer avec ses vieux démons autoritaires et islamo-nationalistes après qu'elle ait semblé se rapprocher de la démocratie?

  • Une trentaine de chroniques écrites pour la presse européenne entre 1983 et 2018, évoquant la politique intérieure turque, des violences d'Etat à la censure en passant par la négation des minorités ou l'islamisation.

  • Pour ne pas oublier, pour maintenir à l'esprit du monde entier. En hommage aux victimes, à leurs familles et à la ville phénix : Beyrouth.

  • Pour autant, le bilan de ce long règne est ambivalent. Les avancées sur le front de la démocratisation ont progressivement laissé place à un autoritarisme rampant et à une politique de réislamisation de la société. L'armée turque a perdu son rôle de tutelle du régime, au prix de procès politiques fortement entachés d'irrégularités. Les négociations avec l'UE piétinent, malgré l'accord conclu sur les réfugiés syriens. Des pas courageux pour la résolution du problème kurde ont été remplacés par une nouvelle offensive répressive, qui s'est étendue à l'ensemble des revendications démocratiques et a peu à peu révélé le visage autoritaire du pouvoir et sa volonté de mise en place d'un régime présidentiel fort, clairement revendiquée.
    Dans cet essai documenté, Ahmet Insel éclaire sur les facteurs d'ascension de l'AKP, la stratégie politique et la persistance des succès électoraux d'Erdogan malgré les affaires de corruption et la lutte avec la communauté Gülen. Il montre ainsi que la société turque est constamment tiraillée entre culpabilités refoulées et désir de libération, entre peur de perdre son identité socio-historique et volonté d'être pleinement dans le monde moderne.

  • Dans un précédent livre, Michel Warschawski dressait le portrait du conducteur d'un bulldozer fonçant sur des maisons palestiniennes. « Cette figure, écrit Jean Ziegler dans sa préface, a valeur de parabole. Pareil au conducteur du bulldozer, coupé de la réalité, ignorant la souffrance de ses victimes, aveugle et inconscient des conséquences de ses actes, le présent gouvernement israélien d'ex- trême droite fonce à tombeau ouvert vers sa propre destruction. » Michel Warschawski, ajoute Jean Ziegler, « compare les migrations vers l'Amérique des Irlandais affamés et des pauvres du sud de l'Italie à celle vers la Palestine des Juifs atteints dans leur existence, mais dénie toute légitimité à l'État juif colonial qui opprime depuis lors - et toujours plus agressivement - les Palestiniens ».
    L'installation à Jérusalem, « définitivement » annexée, de l'ambassade des États-Unis, la féroce répression de la « marche du retour », la poursuite accélérée de la colonisation, le vote de la Loi fondamentale faisant d'Is- raël l'État de la nation juive sont autant de signaux d'alarme.
    C'est ce moment que choisit Michel War- schawski, pour dire que l'évolution du ré- gime israélien est non seulement une me- nace permanente contre les Palestiniens mais aussi une dangereuse impasse pour le peuple juif-israélien, et qu'il est temps de faire retraite.

  • DOSSIER LE MYSTERE TURC.
    Les petits soldats d'Erdo an Ils sont les remparts du nouveau Père des Turcs . Par Emmanuel Carrère La dernière « Rose » d'Anatolie Menacée par ses voisins, soeur Myriam vit cloitrée dans sa forteresse. Par Thierry Oberlé La marieuse d'Antioche Ses clients sont célibataires, veufs ou polygames. Par Sevin Rey-Sahin   EGALEMENT AU SOMMAIRE Reportage photo  : Le grand orchestre A Pau, une association fait découvrir aux enfants des cites la musique symphonique. Par David Le Deodic Le bateau sans nom En cette nuit du 18 avril 2015, une bétaillère de la mer fait naufrage. Par Léna Mauger et Annalisa Camilli Singapour, l'amour sur commande Dans la cite-Etat, les pauvres sont encourages à avorter et les riches a procréer. Par Agnès Noël Mourir à l'ombre Quand la prison devient hospice. Par Mathieu Palain Documentaire «  Raisins amers  » Un faussaire en vins escroque Hollywood. Par Jerry Rothwell et Reuben Atlas Enquête sur l'homme qui se voulait le roi de l'Amazonie Luiz Bang s'est bâti un empire a la force de sa gâchette. Par Jean-Mathieu Albertini Entretien Martin Winckler Médecin, il dénonce le manque d'empathie de ses confrères français. Propos recueillis par Marion Quillard Récit graphique  : La possibilité d'une île Jouer à Robinson avec son fils sur un rocher au large de Madagascar. Par Didier Tronchet Vécu  : Le secret de l'urinoir Il a perce le secret de la plus célèbre oeuvre de Marcel Duchamp. Par Gaspard Delanoë  

  • Nous sommes le 23 juillet 2014, à Gaza, dans la maison du beau-père de l'auteur palestinien Atef Abou Saef où vivent désormais 14 personnes de la famille dans seulement 2 pièces. Une explosion terrifiante se fait soudain entendre. Personne ne peut s'habituer à la peur que la prochaine frappe plus près encore. «  La pooooooorte  !  » crie Jaffa, la fille de 19 mois d'Abou Saef. En effet, personne n'a su lui expliquer l'horrible réalité du bruit terrorisant des explosions. Dans son essai, Léopold Lambert relate les politiques israéliennes du «  Bulldozer  »  : en référence au surnom du général Ariel Sharon -  ministre pendant 12 ans entre 1981 et 1999 et Premier ministre entre 2001 et 2006  -, ainsi qu'à la version militarisée du Caterpillar D9 en appliquant la doctrine.

  • Le paradoxe saoudien

    Isabelle Laserre

    • Archipel
    • 27 Novembre 2019

    Un pays en mutation... que l'Occident n'a jamais lâché.

    Des pilotes saoudiens de l'attentat du 11 septembre 2001 a l'assassinat du journaliste Khashoggi, les alliés occidentaux de l'Arabie Saoudite auraient eu de multiples raisons de remettre en cause leur relation avec Riyad. Mais Washington a ferme les yeux et Paris a mis en sourdine le sujet des droits de l'homme.

    Car les atouts du royaume wahhabite sont trop précieux. Il est au coeur des changements géopolitiques qui bouleversent la région. Le « repli » américain et le recul de la puissance occidentale ont favorise l'affirmation de nouveaux États qui poussent leurs pions dans un Moyen-Orient qui s'abandonne au chaos : Turquie, Iran, Russie... Dans cette région en proie a des bouleversements géopolitiques majeurs, Riyad représente un atout essentiel pour l'Occident.

    Allie stratégique indispensable, Riyad l'est aussi au plan économique. Il exerce une influence déterminante sur les cours du pétrole, achète des armes aux États-Unis et a l'Europe, notamment a la France, et investit ses fonds souverains partout dans le monde.

    C'est tout le paradoxe : malgré son caractère autoritaire et ses dérapages sur la scène internationale, l'Arabie Saoudite s'ouvre progressivement a la modernité, sous la houlette de son prince réformateur Mohammed ben Salmane. Le rigorisme religieux est en perte de vitesse, les femmes conquièrent quelques libertés et le royaume s'éveille au tourisme. S'il parvient a inscrire ses vastes projets dans la réalité, « MBS » peut changer le visage de son pays et redéfinir sa place sur l'échiquier mondial.

  • «L'armée et la sécurité sont la véritable religion de ce pays», s'inquiète Gideon Levy, journaliste du Haaretz. Pour l'État d'Israël, la question du «vivre en sécurité» tourne, en effet, à l'obsession. Telle une «villa dans la jungle» - expression d'Ehoud Barak -, il a développé une vraie culture de la forteresse assiégée. Pour se protéger, Israël se replie, s'enferme, mise sur sa force militaire, se lance dans des guerres préventives au nom de la «légitime défense», colonise les terres «incertaines» à ses frontières... À Jérusalem-Est, «judaïser» des quartiers devient ainsi synonyme de sécurisation. Mais cette politique pose question puisqu'elle s'avère incompatible avec l'existence et les droits des Palestiniens...
    On ne peut comprendre ce complexe sécuritaire sans se replonger dans l'Histoire de cette «nation» atypique. Le syndrome d'Amalek, - référence à une attaque contre le peuple juif à l'époque de Moïse -, est souvent avancé comme le mythe fondateur du «bellicisme» israélien. Après un détour par l'époque biblique, l'auteur revisite surtout des pages d'Histoire récentes: la profonde blessure laissée par la guerre du Kippour (1973), le traumatisme des premiers attentats-suicide dans les années 1990, les échecs des interventions au Liban (2006) et dans la bande de Gaza (comme à l'été 2014), les cyber-attaques contre l'Iran, l'incidence des Printemps arabes... Ce tableau ne saurait toutefois être complet sans une analyse de la situation sociale interne - incontestable bombe à retardement - et de la radicalisation de l'opinion publique israélienne. Autant d'éclairages essentiels qui permettent de mieux appréhender la politique complexe de ce pays, tiraillé de toutes parts.

  • Alors comme ça, Daech nous aurait « déclaré la guerre » le 13 novembre ? Face à l'idéologie inlassablement rabâchée qui ne veut voir au Moyen-Orient que « conflits confessionnels » et « chocs des civilisations », ce court essai dresse une analyse de ce qu'est l'État Islamique, non à partir de la religion mais à partir des bases matérielles : comme un quasi-État en cours d'intégration dans cette partie du monde en pleine poussée contre-révolutionnaire.
    La guerre actuelle n'est que la dernière en date d'une longue série d'interventions occidentales. Et loin d'être un combat de la Civilisation contre la Barbarie, elle s'inscrit dans une logique post-coloniale et impérialiste.

  • L'Algérie arrive à un tournant de son histoire : est-ce pour autant la fin d'un régime antidémocratique ou le début du chaos ? Et avec quelles conséquences pour la France ?

    Comment parler d'un régime antidémocratique ? Comment évoquer une gouvernance qui bafoue sa propre constitution, en occultant ce qui la caractérise en premier lieu, la corruption et la gabegie ?
    Mohamed Sifaoui traite ici de la confiscation de tout un pays par un seul clan. Une sorte de clique qui, au lendemain de l'indépendance, usant de force, s'est imposée comme la seule autorité, au nom d'une prétendue « légitimité historique » glanée durant la guerre anticoloniale. L'interminable fin de règne d'Abdelaziz Bouteflika ne laisse transparaître aucune perspective pouvant garantir une stabilité pour ce pays.
    Oui, il nous faut poser la question : « Où va l'Algérie ? » Comme il est nécessaire de nous interroger sur les risques encourus par la France en cas de déstabilisation de l'autre côté de la Méditerranée.
    Un essai fondamental.

  • Les mouvements sociaux qui ont affecté, dans de nouvelles formes de radicalité, de pratiques et de répertoires d'actions, au début de cette dernière décennie, les pays de l'aire culturelle en question, ne sont pas le fruit du hasard. Ils ne sont pas apparus tel un coup de tonnerre dans un ciel serein, comme ont semblé le découvrir des classes politiques et analystes rapides, faiblement informés des transformations qui travaillaient au fond ces pays. Ils remontent à loin et s'inscrivent dans des processus qui trouvent leur fondement dans les désenchantements qui ont suivi l'échec des nationalismes développementalistes à la fin des années 70, le reflux du « tiers-mondisme », la montée de mouvements identitaires, sous l'effet de l'emprise d'une mondialisation inégale. S'il y a eu ici ou là toujours, et ceci depuis les indépendances, des contestations de régimes politiques vécus comme illégitimes et oppressifs, que l'on songe au mouvement dit du « printemps berbère » , aux émeutes d'octobre 88 en Algérie, plus prés de nous, au mouvement des arouchs, aux émeutes de Redief , de Gafsa en Tunisie, de Sidi Ifni au Maroc, ces derniers ne sont pas apparus comme porteurs de modalités de transformations au fond des systèmes en place..
    Il y a en effet quelque chose de transversal dans l'expression et l'affirmation de ces mouvements sociaux qui s'inscrivent dans un espace-temps de basculement vers de nouvelles demandes, de nouvelles façons d'être et de se représenter face au politique, à la paupérisation accrue de larges pans des sociétés, à la mal vie et aux dérives de la financiarisation du monde, d'autres façons, d'autres modalités de participation citoyenne qui sont en rupture avec les modes « traditionnels » de faire de la politique , d'exister , qui ont prévalus jusque là.
    Dans cet espace temps des contestations tous azimuts, la part du national de ces mouvements, laisse place de plus en plus à des manifestations plus locales, plus territorialisées. La transmutation du local au national s'est développée en Tunisie, et en Egypte par la jonction avec les intelligentsias et les laissés pour compte des Etats en crise. Au Maroc le mouvement du 20 février s'est également développé sur une base nationale en s'ouvrant au départ des contestations à ces mêmes catégories. En Algérie le passage du local au national n'arrive pas à prendre à cause de la fragmentation du mouvement social et l'absence d'un leadership reconnu.
    L'importance des réseaux sociaux numériques dans la sensibilisation de l'opinion publique et la mobilisation des foules est mise en évidence depuis la chute des dictateurs tunisien et égyptien. Les analystes médiatiques et les chercheurs universitaires ont aussitôt évoqué le rôle décisif du web 2.0 dans le déroulement et l'issue des évènements, déclenchés le 17 décembre 2010 suite à l'immolation par le feu du jeune commerçant ambulant Mohammed Bouazizi.
    On a parlé de Révolution Facebook, Révolution en ligne ou encore Révolution 2.0. Selon nombre d' analystes , Facebook, Twitter, YouTube et les blogs ont été les armes de cette révolution. Les mots, les photos et les vidéos en ont été les munitions. Le web s'est transformé en un véritable espace public alternatif, un cyberespace d'engagement, où s'est constituée une large coalition de l'opposition de tous bords : cyberactivistes, blogueurs, journalistes dissidents, hommes politiques et syndicalistes. Le fait que des outils virtuels aient influencé une situation réelle pour mettre fin à aux dictatures, ont créé un effet domino dans le reste du monde arabe. Du Maroc jusqu'au Bahreïn, en passant par l'Égypte.
    Il reste que le débat reste encore vif sur le véritable rôle des réseaux sociaux dans les mouvements de révolte qu'a connu le monde arabe. Certains observateurs, adeptes de la web-Révolution, sont persuadés que les réseaux sociaux sont les principaux catalyseurs de ces évènements. D'autres minimisent ce rôle, le limitant à un apport purement médiatique.
    L'ouvrage se propose d'analyser et de comprendre les causes et les raisons des engagements de nouveaux acteurs, les modalités et les formes par lesquelles ils sont intervenus dans les mouvements sociaux et les effets sur les sociétés et leurs évolutions.

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