Lu et approuvé

27 ans de lecture, retrouvez les coup de cœur d’Alain et de Nora depuis l’installation de la librairie. Cette quête du plaisir ultime n’aura pas de limite, car la lecture continue avec leur contribution qui sera enrichi des notre

C’est l’histoire d’une odeur, l’odeur de la térébenthine, de la concentration, du silence troublé seulement par le glissement de la brosse sur la toile.

Tout commence par l’observation d’un verre oublié dans une forêt de Norvège. Elle intrigue, fascine Klingsor qui voit dans la simplicité extrême de cet objet, l’essence de la perfection. Alors Klingsor observe, fasciné,et dessine, peint le quotidien, la banalité d’un bol, d’une assiette. Et dans cette peinture minimaliste, obsessionnelle, répétitive il tend vers la perfection. Il centre sa vie sur elle, sa peinture. Il est fasciné par les natures mortes de Cézanne, l’humilité des objets. Il prépare ses couleurs avec la même minutie, La même répétition ( le fameux caput mortuum) . Et c’est sur un ton empreint de fraîcheur, d’empathie et non dénué d’humour ( La correspondance avec Fanny) que Torgny Lindgren nous raconte la vie de ce peintre…imaginaire, ce qui au final est un détail. Le talent de Torgny Lindgren lui est bien réel.

Nora – 03 mars 2020

C’est un conte de fée ! Un  » festin de Babette  » japonais.

Rinco, jeune femme passionné d’art culinaire décide à la suite d’un chagrin d’amour d’ouvrir un petit restaurant dans son village natal . C’est une magicienne Rinco . Elle a une façon toute particulière de faire la cuisine . Inventive, précise, raffinée , tout a un sens . Elle élabore des recettes très simples ou extrêmement complexes qui correspondent parfaitement aux états d’âme de ses convives , leur apportant ainsi bien-être et félicité . C’est un livre empreint d’une humanité tranquille , d’une sagesse, celle d’Ogawa Ito qui m’avait enchantée déjà avec sa  » Papeterie Tsubaki »

Nora – 1 mars 2020

C’est drôle, intelligent, on a envie d’applaudir

Ce roman est une parodie de roman noir . Gérard Fulmard est un looser, un vrai, la grande classe . Il est prêt à tout mais vraiment à tout pour s’en sortir et forcément on court à la catastrophe . L’histoire part dans tous les sens , c’est le roi des disgressions Jean Echenoz mais alors c’est impeccable, intelligent . Vous croiserez des psys au tiroir plein de billets , des hommes et des femmes politiques minables, bêtes à pleurer . Il y a aussi un chanteur des années 70 , un étudiant cannibale et puis la rue Erlanger … Bon il faudra lire aussi Ravel, Courir ( mon préféré ) Des éclairs . Je vous en prie lisez Echenoz.

Nora – 15 janvier 2020

Devinette: comment appelait on une styliste au XVIIe siècle?

Une marchande de modes! Riose Bertin dirigeait « Le Grand Mogol », une institution parisienne de l’époque. Un établissement où l’on fabriquait et vendait des toilettes raffinées aux élégantes aristocrates fortunées. Rose Bertin artiste et femme d’affaires avait aussi et avant tout le grand privilège de créer la garde robe de Marie-Antoinette. Sidonie jeune apprentie nous raconte un épisode de la vie de Rose si inventive et passionnée mais si seule aussi. Sidonie découvre éblouie les fastes de Versailles et rencontre la reine… Un récit tout en finesse mêlant fiction et faits historiques. Une plongée délicieuse dans le raffinement du siècle des lumières à Paris et à Versailles. Les mots, le style de Sophie Guillou sont accompagnés des illustrations fines, au charme suranné, délicat d’Alice Dufay . Je me suis régalée et je n’ai plus 9ans !

À partir de 9 ans . Dans la même collection, Jeanne Lanvin et Sonia Rykiel

Nora – 22 novembre 2019

En 1995 à Prague. Après l’effondrement du bloc communiste. Un nouveau monde, une ambiance étrange où par exemple les agents de la police politique deviennent détectives privés. Véra, une petite femme à mise en plis d’apparence banale, prétend ( accrochez vous ! ) rencontrer Chopin qui lui dicterait à elle, médiocre pianiste, des œuvres inédites. Ludvík Slany , journaliste, enquête afin de démontrer qu’il s’agit d’une supercherie. Il imagine alors tous les stratagèmes pour piéger Véra. Une enquête passionnante, pleine d’embûches, de rebondissements dans Prague hivernale, au charme inquiétant. C’est aussi un roman qui nous amène aux frontières de la logique et nous invite à faire reculer l’inconnu, à accepter de ne pas tout comprendre. Attendre et peut-être un jour savoir. Brillant, passionnant, intriguant!

Nora – ??? 2020

Il y a un mystère dans la vie bien rangée de Mr Shimura-san . Que se passe-t-il en son absence,la journée, dans sa maison si calme si ordonnée. Agnès Hostache à partir du subtil roman d’Eric Faye crée un roman graphique tout en émotions précises , aiguës . La solitude de nos vies modernes. L’enfer quotidien de ceux qui nous entourent et que l’on ne voit pas, tout est évoqué ici. La lumière d’une nuque, l’ordonnance domestique du quotidien. On croirait par exemple sentir l’odeur végétale et rassurante des tatamis. Cette histoire ( vraie) nous touche, nous bouleverse. Ainsi on ressent le cocon protecteur que peut être une maison et le côté sec, tranchant, de la solitude des deux protagonistes. Les dessins sont d’une grande sobriété. La matité des couleurs, la mise en scène des objets, tout est parfait. 

Nora – 12 septembre 2019

On retrouve toujours le même dépouillement dans l’intrigue et l’écriture, et la réapparition de personnages décrits dans d’autres livres . Et pourtant à chaque fois on pense qu’il va être impossible de réussir le pari d’une histoire aussi simple et aussi attendue et pourtant, à chaque fois l’auteur y parvient avec beaucoup de grâce. Toujours autant de poésie également, avec l’utilisation ici du symbole de l’escargot ( maïmaï) . Cela n’empêche pas la précision de la description. Taro, sourd-muet, mal intégré dans la société japonaise car il est métis, n’a jamais connu son père et découvre un secret à propos de sa mère. Il y a en arrière plan , simplement esquissée une société japonaise encore marquée par les traditions, ne serait-ce que par le mariage arrangé, mais rien de polémique dans ces constatations

Nora – 24 avril 2019

Dans ce roman tous les thèmes abordés ou plutôt suggérés le sont avec une grande délicatesse qui ne peuvent que toucher le lecteur. Que ce soit la vie compliquée d’Olga dans une Allemagne patriarcale et nationaliste du début du XXe siècle ,à la difficulté d’un amour impossible, non pas tant en raison des barrières sociales que parce qu’ Herbert l’aime avec une forme d’indifférence, qu’elle se masque parfois. Une vie qui traverse les vicissitudes de l’histoire de l’Allemagne colonialiste à la veille de la première guerre mondiale à la séduction exercée par le nazisme sur le jeune Eik. Tout dans la peinture de cette femme a de l’importance . Par exemple, le fait de devenir sourde: les pages sur le silence, sa valeur, sa jouissance sont exceptionnelles. Il y a un intéressant parallèle entre le vide de la conquête de l’Arctique et celui du lebenstraum nazi. La construction est très réussie avec la présence du narrateur dans la deuxième partie, les lettres dans la troisième. Une grande sensibilité pour présenter cette femme courageuse, attachante. Une héroïne qui n’est pas sans rappeler la Sonietchka de Lioudmila Oulitskaïa . Un roman qui pourrait bien devenir un classique

Nora – 07 avril 2019

À la fin du XIXe siècle en Suisse. L’anarchie comme un rêve d’une vie nouvelle, d’une société plus juste. Un rêve de communauté, d’entraide. Elles sont dix , elles ont en commun la passion de la politique, des discours de Bakounine aux écrits de Louise Michel. Elles sont exploitées dans les nouvelles industries horlogères, les fermes, à La merci des patrons, du capitalisme. Alors elles décident de partir, de s’inventer ailleurs à force de courage, de travail et d’idéaux, une vie nouvelle, une vie qu’elles se seront construite . Les tempêtes, les voyages éprouvants, les épreuves, rien n’aura raison de leur détermination à être heureuses et libres. Une épopée incroyable, des femmes attachantes et l’importance d’avoir des convictions, ne rien lâcher jamais. Un roman puissant, une belle découverte

Nora – 10 mars 2020

Beaucoup aimé le livre de Claudie Gallay et le personnage de Jeanne , qui avec sérénité , tranquillement, fait ce qu’elle veut. Jeanne sous une apparente simplicité cache une fantaisie, un goût pour l’étrange. Elle est fascinée par L’artiste Marina Abramovic . Et le soir quand la nuit tombe, Jeanne attend la visite du renard ( on pense au fameux livre  » la femme changée en renard  » ) . Jeanne sait le mystère, la beauté de la vie . Alors on se sent bien avec Jeanne dans son univers . Un roman que l’on n’a pas envie de quitter

Nora – 3 août 2017

Un roman fort de la rentrée. Une lecture si difficile, comment être Magda Goebbels . Toute la folie nazie . Le portrait d’une femme , d’un monstre . On est dans le bunker avec elle, ses complices et ses enfants. Dehors la guerre s’achève et Ava petite rescapée des camps essaie de retrouver la lumière, la vie . Le lien entre ces deux êtres , c’est un rouleau de cuir et des lettres , celles d’un père à sa fille.C’est l’histoire d’une odeur, l’odeur de la térébenthine, de la concentration, du silence troublé seulement par le glissement de la brosse sur la toile.

Nora – 20 juillet 2017

En ce moment je pense beaucoup à lui … Jean-PaulDubois hérite un jour d’un vieil oncle, une gigantesque ( et fatiguée) bâtisse dans le Sud Ouest. Il entreprend de la restaurer. Commence alors le défilé des entreprises et des  » devis équivalant au PNB du Nicaragua « . Les mésaventures et les équipes d’artisans aux personnalités les plus diverses se succèdent, on rit beaucoup et Mr Tanner épuisé, se désespère. L’humour de Jean-Paul Dubois, le bruit des marteaux piqueurs, des dialogues de sourds internationaux, vive la vie , vive le béton

Nora – 07 juillet 2017

On vit dans un monde de dingues et écrit par Jean Echenoz ça fait un bien fou . Un bijou de fraîcheur, d’enfance, d’innocence, un parfum de rivière, d’herbes folles . Ota Pavel nous raconte des parties de pêche mémorables , des poissons géants. Il nous parle d’un père attachant, adoré, incorrigible romantique, si drôle et inventif . Un héros. En toile de fond, un siècle de l’histoire de l’Europe de l’Est , fragile et meurtrie . C’est un classique de la littérature tchèque qui vous rendra heureux. Vous aurez le vent sur le front et le sourire aux lèvres 

Nora – 07 juillet 2017

Un essai sur Vivant Denon , personnage emblématique du XVIIIe siècle. Vivant Denon aux multiples Talents, graveur hors pair, collectionneur érudit, féru d’antiquités, éprit de Venise . Il fut comme d’autres intellectuels , acteur et victime de la révolution . Sa correspondance témoigne de son romantisme et de son amour absolu pour Bettine . Il fut un homme de son temps, pratiquant l’art de la conversation, fréquentant les salons, celui notamment de Madame D’Angevillers . Un essai pour comprendre et être fasciné par cet homme d’esprit

Nora – 19 juin 2017

C’est un fœtus qui raconte, l’enfant à naitre , qui assiste impuissant au sort réservé à son père adoré, et à la sombre existence qui l’attend quand il sera décidé à faire son entrée sur la terre ( sur scène) . Être le fils de sa mère n’est pas toujours simple , mais être le fils de Trudy est un défi. Une mère belle et nonchalante ( très nonchalante) , et surtout sans foi ni loi . Trudy amoureuse, enfin peut-être, de son beau-frère, un vil individu, calculateur et vulgaire . Une réécriture d’Hamlet , brillante, acide, terrible, et d’un humour glaçant. Ian Mc Ewan nous prouve encore une fois l’étendue de son talent.

Nora – 17 juin 2019

Une intrigue tortueuse à souhait. Comment un adolescent de 16 ans, en vacances en Suisse,se trouve mêlé à un épisode de la guerre froide sans s’en rendre compte et sera rattrapé 40 ans plus tard par son éventuelle responsabilité dans la chute d’un réseau aidant des intellectuels est-allemands à fuir le régime. Remarquable et passionnant, tous les codes du roman d’espionnage sont réunis au cœur de la Suisse capitaliste de Davos.

Nora – 29 septembre 2018

Les âges de Linde s’égrènent . Elle a 16 ans, 28 ans, 3 ans . Elle se souvient de tout ce temps passé , ces années d’illusions, de défaîtes, de cette solitude que l’on n’a pas choisie . Est-ce si compliqué d’être heureuse se demande Linde à présent aux portes de la maturité . Un parfum de thé chinois , un vieux pull dont on prend soin, une rue charmante que l’on ne connaissait pas . Linde découvre un jour la sérénité, la joie d’être en vie . Un livre apaisant et doux, qui sous couvert de choses anodines, nous raconte l’essentiel de nos vies . L’art de la littérature japonaise .

A Kamakura, petite cité balnéaire, Hitoko choisit comme sa regrettée grand-mère d’exercer la profession d’écrivain public . Avec beaucoup de finesse et d’attention aux autres , elle tisse des liens entre les êtres qui viennent lui confier leurs rêves, leurs secrets. Mais les mots ne sont pas tout . Le choix du papier, de l’encre, de la plume ( ah le ‘Man 100´! ) ne sont jamais anodins . Nous suivons aussi Hitoko dans son quotidien , ses rencontres, ses promenades avec sa fantasque voisine Barbara. Nous contemplons avec elle la mer, les nuits étoilées, la magie d’un matin d’hiver. Une lecture sereine, apaisante qui nous emmène au coeur des mystères des Kanji , dans un monde de papiers anciens et de traditions millénaires

Nora – 20 septembre 2018

En 1090, Vigdis, jeune femme de la bourgeoisie rouennaise, s’éprend de David , jeune juif érudit, fils du grand rabbin de Narbonne . Cet amour interdit les contraind à fuir en Provence pour se réfugier à Monieux . Commence alors pour les deux fugitifs un voyage incroyable, à travers cette France du haut moyen-âge. On y est, les mousses des forêts profondes, le soleil qui réchauffe, qui épuise, le danger partout, aux aguets. Un récit sensible, érudit, aux descriptions sensibles, si évocatrices. Alors les regrets de Vigdis, cette lutte sans fin qu’elle doit mener pour échapper au pire deviennent les nôtres.

Nora – 10 octobre 2018

On se promène avec elle dans New-York. On la suit plutôt . Elle connaît tout , chaque block, chaque rue. Elle l’aime , c’est sa ville. Et elle se souvient avec humour et nostalgie, des gens croisés dans sa vie, des gens aimés . Elle se souvient de ce qui compte, les gens, les livres, les mots. On continuerait sans fin à lui emboîter le pas et elle nous raconterait encore, ses souvenirs tristes et drôles , des conversations , des soirées improbables . Ça n’est pas vraiment ‘Sue perdue dans Manhattan ‘ mais quand même la mélancolie, la solitude , le temps qui s’échappe et nous fait de la peine, un peu . Une mélancolie douce , la culture, l’élégance

Nora – 17 septembre 2018

Comment devient-on Pol Pot ? Nancy Huston retrace l’enfance, la jeunesse du dictateur . Sa fascination pour l’endoctrinement religieux puis politique. Sa jeunesse étudiante calamiteuse à Paris dans les années 70 . Nancy Huston fait un parallèle avec des propres failles , ses blessures, ses engagements . Le Cambodge pays d’un peuple qui sait derrière un sourire dissimuler ses douleurs

Nora – 07 septembre 2018

Une réédition tant attendue. Des vieilles filles à gilets gris ( tricotés maison ) qui s’affairent autour du pasteur dont elles sont forcément amoureuses . Elles s’occupent de la paroisse, préparent des litres de thé, des scones , des fêtes de charité . Et puis disent du mal , complotent . Elles ont froid toujours un peu, le presbytère est mal chauffé ( plomberie anglaise) L’humour anglais, le romantisme suranné , vous allez adorer . Merci Aux Éditions Belfond d’avoir pensé à moi

Nora – 01 juin 2017

Un drame familial et ce pauvre Harold, notre héros, historien spécialiste de Nixon , se retrouve responsable d’une famille quelque peu déconcertante. Un cauchemar qui nous ravit . Un roman à l’humour ravageur, bourré d’émotions, des personnages attachants et une construction remarquable . Toute l’équipe du Livre Bleu a adoré.

Nora – 27 mai 2017

Elena Lappin ( un nom de conte de fées ) reçoit un jour un mystérieux coup de téléphone qui la replonge dans son histoire familiale, ses racines russes , tchèques, allemandes. Elle nous parle de ses parents qui ont modestement et avec talent appris des langues et des pays . Les souvenirs si émouvants de son grand-père . Son livre est un grand courant d’air frais , le vent de l’Est souffle sur son récit. On parcourt la vieille Europe, on voyage dans l’histoire des vieilles capitales, leurs cultures, leurs politiques. Et surtout Elena Lappin nous raconte tous ces gens qui ont eût l’intelligence de croire à l’avenir et de s’appliquer à nous offrir des langues, subtiles et merveilleusement compliquées pour que l’on se comprennent . Drôle, intelligent, émouvant, parfait.

Nora – 21 avril 2017

Jane a vingt deux ans. Elle est domestique, orpheline dans l’Angleterre des années 20 . Elle aime la vie, la littérature plus que tout. Jane possède cette chance, la sérénité de ceux qui vivent par et pour les livres. Elle aime aussi rejoindre en vélo à travers la campagne, son amour secret, interdit. C’est une journée « particulière  » dans la vie d’une jeune femme libre que nous raconte Graham Swift dans ce magnifique roman .
Il dresse aussi le portrait d’une aristocratie sur le déclin. Et puis la guerre est encore là, partout présente dans les foyers à travers les photos des jeunes disparus et ternit alors ce magnifique printemps.

Nora – 13 mars 2017